Deux hommes proches de la retraite sont désormais aux commandes de La Poste: Peter Hasler comme président du conseil d’administration et Jürg Bucher comme directeur général. Le premier a 63 ans et connaît mal le secteur postal, le second a 62 ans et consacre l’essentiel de son temps – environ 60%, dit-on – à la direction de la filiale PostFinance, qu’il partage avec la fonction de directeur général (CEO, dans le jargon du management moderne) depuis la mi-décembre.

Voilà qui a tout d’une solution transitoire. Jürg Bucher s’en ira probablement en 2012, le ministre de tutelle Moritz Leuenberger sera sans doute parti à la fin 2011 et Peter Hasler qui, en théorie, peut rester au conseil de La Poste jusqu’à l’âge de 70 ans (qu’il atteindra en 2016), pourrait ne pas occuper aussi longtemps cette fonction qu’on lui a confiée en le coiffant d’un casque de pompier.

Tout laisse penser que La Poste partira sur de nouvelles bases, avec de nouvelles personnes dans un délai de deux, voire trois ans. Moritz Leuenberger s’en défend en s’appuyant sur l’argument suivant: le nouveau conseil d’administration qui sera nommé ce printemps restera quatre ans en fonction, pour autant bien sûr qu’il retrouve la sérénité qu’il a perdue depuis plus d’un an.

Le calendrier d’un nouveau départ à l’horizon 2012 est pourtant logique. Cette date marquera un tournant pour La Poste. On y verra plus clair avec la nouvelle législation postale, qui se trouve actuellement devant le parlement. Elle pose ouvertement la question du financement du service universel une fois que le monopole sur le courrier aura complètement disparu. L’idée est de supprimer le monopole un an après l’entrée en vigueur de la nouvelle loi. Ce sera le cas au plus tard à fin 2012.

Il faut pourtant que la population donne son aval à la libéralisation proposée, ce qui est loin d’être acquis. La nouvelle loi, qui sera sous toit au parlement dans le courant de cette année, sera combattue par référendum. En parallèle, les syndicats et la gauche sont en train de récolter les signatures pour leur initiative postale. Celle-ci demande trois choses: le maintien d’un réseau postal dense, le maintien du monopole et l’octroi d’une licence bancaire. Il ne fait aucun doute que cette initiative aboutira, et cela bien avant le délai, fixé à mai 2011.

Il y aura donc une ou deux consultations populaires sur l’avenir de La Poste, en 2011, voire en 2012. Les dirigeants de La Poste et le conseiller fédéral en charge des télécommunications sauront ainsi dans deux ans jusqu’où la population est prête à aller.

Si la libéralisation est acceptée, La Poste, qui sera transformée en SA, devra en principe se débrouiller pour financer le service universel par ses propres moyens. PostFinance sera l’une des clés de ce financement. Mais c’est aussi dans ce cadre que les autres ressources seront examinées, comme les recettes supplémentaires qu’il sera possible d’engranger par un développement hors des frontières nationales. Si La Poste ne parvient pas à couvrir ses besoins seule, une taxe de concession ou une indemnisation fédérale viendront boucher les trous.

Autre chantier ouvert: la réorganisation du réseau postal. La Poste a communiqué à la fin décembre le résultat des transformations opérées en 2009. Elle a évalué 114 sites sur 421 durant l’année écoulée. Trente offices ont été conservés, mais 49 seront transformés en agences et 32 remplacés par un service à domicile. Les 307 autres seront passés à la loupe d’ici à la fin de l’an prochain. La direction de La Poste doit agir avec prudence si elle veut contrer l’initiative de la gauche. C’est aussi dans ce but qu’elle renforce l’attractivité des agences en acceptant, dès le 1er février, les cartes de débit Maestro en plus des Postcards.

Tous ces éléments constituent un puzzle complexe. Le réseau des bureaux, le service universel, la libéralisation du marché, la fin du monopole, le développement de PostFinance, la recherche de ressources hors des frontières, la licence bancaire (qui n’a aucune chance d’obtenir le soutien du parlement en raison du lobbying qu’y exercent les autres banques), tout cela est lié. Tout est en chantier. Et plusieurs de ces questions seront tranchées d’ici à 2012, date qui coïncidera avec de nouveaux changements importants parmi les têtes qui pilotent le dossier postal.

Maintenant que la pénible lutte de pouvoir qui a empoisonné La Poste depuis plus d’un an est passée, celle-ci peut revenir aux affaires. Cela commencera ce lundi, devant la commission spécialisée du Conseil national, qui se penchera sur la nouvelle loi postale. Ce sera le baptême du feu pour Peter Hasler, qui y représentera La Poste en novice dans la mesure où il ne la préside que depuis mercredi.

Chef de la rubrique Suisse

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