Les deux Jura réunis? La question est désormais franchement posée. Favorisant l’émergence d’une plus vaste région? Un Jean Studer en tout cas plaide pour un super-canton de l’Arc jurassien. Entre Vaud et Genève, après l’annonce tant attendue d’une action concrète pour financer les infrastructures ferroviaires, les deux cantons envisagent la mise en commun de ressources pour d’autres projets stratégiques, en premier lieu la formation et la recherche.

Il y a dans la confluence de ces décisions et de ces réflexions une nouveauté stimulante et sans doute sans précédent.

Pas question de fusionner des cantons de but en blanc. Répéter ailleurs l’échec du mariage Vaud-Genève de 2002 n’aurait guère de sens. Mais il est urgent de satisfaire les besoins de mobilité ou de logement – mais aussi de culture et ou d’espaces naturels préservés – d’une population croissante et dynamique. Besoins face auxquels le cadre cantonal apparaît trop souvent comme un frein. L’avenir est à la réalisation de projets régionaux structurants indispensables, comme la colonne vertébrale qu’est la 3e voie CFF Lausanne-Genève; à la mise en œuvre de politiques communes, comme celle d’une place universitaire romande, au tissage de réseaux, hospitaliers par exemple, franchissant les frontières cantonales. Certaines choses sont déjà lancées, mais il y a encore tant à faire.

L’esprit d’ouverture et d’ambition qui émerge dans le bassin lémanique et sur l’Arc jurassien doit absolument être maintenu, renforcé. Il doit résister aux années de vaches maigres qui menacent à nouveau les caisses publiques et font courir un risque de repli.

Pour devenir une véritable dynamique, il faut aussi que le mouvement actuel survive aux ministres cantonaux en place. Une forte responsabilité échoit à la classe politique romande. Des populations à l’étroit dans leurs frontières finiront peut-être toujours par imposer leurs faits têtus à des ministres entravés par leurs habits cantonaux. Mais le prix à payer est lourd en termes de retards, de frustrations, d’incohérences, de gâchis. Dans la période de mutation qui s’ouvre, les dirigeants cantonaux doivent assumer pleinement la mission d’être les défricheurs, les premiers acteurs de ces nouveaux territoires.

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