revue de presse

Le nouvel album de Pink Floyd, sans Roger Waters et donc redouté des fans

«The Endless River», premier album du mythique groupe en deux décennies, devrait sortir en octobre. On craint le projet un peu réchauffé

Faut-il dire «gasp!» – comme nous l’avons vu écrit hier dans une magnifique réaction – en exerçant ce mouvement respiratoire inefficace d’origine réflexe, phénomène terminal de l’agonie? Le titre, The Endless River, ne l’encourage pas, mais c’est tout de même le genre de nouvelles qui vous secoue une vie musicale: le plus que légendaire groupe de rock britannique Pink Floyd a donc confirmé, ce lundi soir sur sa page Facebook, la sortie en octobre prochain d’un nouvel album, le premier depuis vingt ans…

Ce sera «essentiellement un album de musique instrumentale et ambient, basé sur des sessions de The Division Bell en 1993/94» avec le chanteur, compositeur et guitariste David Gilmour, le batteur Nick Mason et le claviériste Richard Wright, mort d’un cancer en 2008 à l’âge de 65 ans. Il y a aussi du beau monde à la production: David Gilmour, bien sûr; le musicien Phil Manzanera; le bassiste Martin Glover, plus connu sous le pseudonyme Youth, au sein du groupe Killing Joke; et l’ingénieur du son Andrew Jackson.

Mais évidemment sans Roger Waters! Car l’ancien leader du groupe aux côtés de Gilmour, on le sait, a quitté le groupe en 1985 avant d’entamer une longue guérilla judiciaire contre les trois autres membres. Pour l’heure, «le travail est en cours, et il y aura plus de détails à la fin de l’été», indique le groupe. Cette petite bombe a été très laconiquement ébruitée sur Twitter par Polly Samson, l’épouse de David Gilmour, qui a écrit les paroles de plusieurs chansons de Pink Floyd par le passé:

La nouvelle a également été confirmée sur Facebook par la choriste Durga McBroom-Hudson, qui a participé à plusieurs tournées mondiales avec le groupe. En lettres capitales, elle s’exclame, pour qui ne l’aurait pas entendu: «OUI. UN NOUVEL ALBUM DE PINK FLOYD VA SORTIR. ET J’EN FAIS PARTIE.» Le Figaro ne sait pourtant guère ce qu’il faut attendre de cette surprenante nouvelle reprise par le magazine Billboard et confirmée par Rolling Stone.

Rappelons que depuis ses débuts en 1965, Pink Floyd a vendu plus de 250 millions de disques à travers le monde, comme les «surmythiques» Atom Heart Mother en 1970, The Dark Side Of The Moon en 1973 et Wish You Were Here en 1975. Du coup, ce retour inattendu soulève la méfiance de Libération, toujours très aimable avec ses confrères: «On peut imaginer que les journalistes en charge de la musique populaire dans les médias s’ennuient fortement quand l’on voit la rapidité avec laquelle a été relayée l’information.» Cela suscite aussi quelques sarcasmes sur le site du Guardian.

Car la peur monte, oui: «Certes, Pink Floyd n’a pas publié d’album depuis The Division Bell, […], mais certains oublient que ce quatorzième album n’était pas précisément un chef-d’œuvre. […] De fait, cela fait plus de trente-cinq ans, soit la sortie de The Wall, que Pink Floyd n’a pas sorti d’album significatif.» Car cet opus «aurait été élaboré à partir d’ébauches de chansons enregistrées pour The Division Bell […] et certains en ont déduit qu’il s’agissait en fait d’une réactualisation de The Big Spliff (le Gros Joint, en argot) un projet instrumental évoqué par Nick Mason» dans son livre Inside Out (2004). Conclusion et titre déceptif de Libé: «Pink Floyd revient avec du réchauffé.»

Matheux et baba cool

Le site de France Télévisions n’est pas beaucoup plus gentil, qui titre «Pink Floyd peut-il réussir son retour sans Roger Waters, ni LSD?» au sommet d’un article sur ceux «qui entrent désormais dans la catégorie papys du rock». Cela suscite énormément de commentaires d’internautes. Pink Floyd, qui, dans les années 1970, «était le groupe préféré des matheux, des grandes sœurs baba cool et des vendeurs de chaînes hi-fi», rappelaient Les Inrocks en 2001, «peut-il vraiment réussir son retour, 40 ans plus tard?».

Mais pourquoi pas un disque de plus, dans le fond? «Emmené de 1966 à 1968 par un Syd Barrett rapidement détruit par sa consommation de LSD, Pink Floyd aurait pu s’autodétruire. La détermination de Roger Waters l’a sauvé.» Alors «que reste-t-il de Pink Floyd en 2014? Des fans divisés. Si on laisse de côté les auditeurs restés bloqués au stade du tube «Another Brick in The Wall», qui ignorent l’histoire du groupe, la communauté de fans hardcore est déchirée. Il y a d’abord le puriste, adorateur de la folie de Syd Barrett, «excité par la sortie d’un nouvel album», mais qui «n’en attend pas grand-chose». Vient ensuite l’amoureux du long règne de Roger Waters. Sans lui, est-ce encore Pink Floyd? Non, évidemment.»

Nous voilà avertis.

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