Même les parlementaires les plus critiques le disent: le ton a changé, ou est en train de changer à La Poste. Certes, des décisions de fermeture d’offices ou de déménagement forcé de cases postales se heurtent encore à une large incompréhension. C’est le cas en ville de Neuchâtel, où quatre bureaux et plusieurs batteries de cases situés en périphérie sont menacés de disparition au profit d’une concentration sur les deux principaux offices.

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On sent malgré cela une approche plus tournée vers la concertation qu’arc-boutée sur la conviction d’avoir raison. L’arrivée d’un politicien chevronné, virtuose du consensus, démocrate-chrétien pur sucre habitué à former des majorités, parfait bilingue, à la présidence du conseil d’administration y est pour quelque chose. Urs Schwaller, car c’est de lui qu’il s’agit, sait comment la Suisse peut avancer. Le compromis helvétique fait partie de son ADN. Il a passé sa vie politique à chercher des alliances, comme ce fut le cas avec la réforme des retraites. A La Poste, il a déjà fait preuve de doigté en faisant pression pour que le dernier poste occupé par un Romand à la direction soit repris par quelqu’un qui connaisse la sensibilité latine.

Prise de conscience

L’entreprise au logo jaune avait besoin de quelqu’un comme lui pour éviter d’aller au clash. Car la situation a changé. La Poste a commencé à réorganiser son réseau de vente il y a une quinzaine d’années. C’était absolument légitime: avec le développement d’Internet, la fréquentation des guichets a fortement chuté. Il était normal d’adapter le maillage du réseau aux nouveaux modes de consommation, au remplacement du courrier par le courriel, au détrônement du bordereau imprimé au profit du bulletin numérique.

Au début, c’était relativement facile. On profitait, ici, du départ à la retraite d’un buraliste, là, d’une fin de bail pour clore un bureau. Les partenariats avec des commerces privés confrontés eux aussi à un exode de clientèle ont fait leur chemin, souvent avec succès, mais pas toujours.

Mais la machine s’est emballée. De plus en plus de communes se sont senties placées devant le fait accompli, les chiffres de fréquentation ont parfois été mis en doute, le climat de confiance s’est étiolé. Notamment parce que La Poste a enclenché la vitesse supérieure sans trop de ménagement. En plus des régions périphériques, elle s’est aussi mise à fermer certaines de ses antennes urbaines, ignorant l’incompréhension de la clientèle.

En octobre, La Poste a, pour la première fois, annoncé ses intentions à l’horizon 2020. Elle a entrepris de consulter les cantons. Cela lui a permis de découvrir que, bien que fondamentalement légitime en raison des changements d’habitudes, sa stratégie ne répondait pas aux attentes de tous, en particulier des PME. Les dirigeants de La Poste reconnaissent désormais avoir commis des erreurs. Puisse cette prise de conscience, à laquelle Urs Schwaller n’est pas étranger, se poursuivre.

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