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Le président des Etats-Unis, Donald Trump, durant une réunion avec des responsables militaires. Washington, 5 octobre 2017.
© Andrew Harrer / POOL

Nouvelles frontières

Le nouvel état voyou nucléaire: les Etats-Unis

Donald Trump va dénoncer le non-respect par Téhéran de l’accord sur son programme nucléaire. Un grossier mensonge qui pourrait avoir des conséquences dramatiques

Sauf surprise, Donald Trump devrait déclarer dans quelques jours que l’Iran ne respecte pas l’accord international limitant son programme nucléaire à des fins civiles. Il ment. Le président américain fignole en évoquant une violation de l’«esprit» du texte élaboré à Lausanne en 2015 au terme d’un marathon diplomatique épique. C’est absurde. Depuis deux ans, toutes les parties signataires de ce compromis sont formelles: Téhéran remplit point par point ses engagements selon le calendrier fixé. Le nombre de centrifuges et la quantité d’uranium enrichi ont été réduits comme prévu. Les sites nucléaires iraniens sont accessibles aux contrôles internationaux comme convenu. Qui en atteste? L’ONU, à travers son Agence internationale de l’énergie sur la base d’une résolution, la Chine, la Russie, l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni, l’Union européenne et, jusqu’ici, les Etats-Unis.

Les fausses accusations

En pointe dans ce dossier, la haute-commissaire européenne pour les Affaires étrangères Federica Mogherini l’a redit en début de semaine lors d’une rencontre de l’ensemble des signataires: l’Iran se conforme pleinement aux termes de l’accord. Elle a ajouté: «La communauté internationale ne peut pas se permettre de démanteler un accord qui fonctionne et donne des résultats.» C’est ce que disent également la plupart des diplomates et des militaires américains. Peut-on être plus clair?

Cela ressemble à une recette pour provoquer une guerre. Est-ce ce que veut le président américain?

Donald Trump a tenté de justifier la remise en question de ce qu’il nomme «le plus mauvais deal de l’histoire américaine» à travers diverses accusations: Téhéran poursuit son programme de fusées balistiques, continue de soutenir le Hezbollah et le Hamas – organisations qualifiées de «terroristes» par Washington – et demeure un acteur qui déstabilise le Proche-Orient. Tout cela n’est pas entièrement faux. Mais cela n’a rien à voir avec l’accord en question, ni même avec son esprit, dont le but est de stopper un éventuel programme nucléaire militaire et la prolifération de ces armes. Ni plus ni moins. Un accord que la communauté internationale n’est précisément pas parvenue à signer avec la Corée du Nord, pays qui représente aujourd’hui le principal danger de prolifération.

Donald Trump et quelques faucons républicains s’inquiètent par ailleurs que l’accord n’a qu’une durée de dix ans. C’est exact. Faut-il en conclure qu’il est inutile, qu’il faut le renégocier dès à présent? Le président français Emmanuel Macron semble prêt à faire un bout de chemin avec Donald Trump pour remettre la pression sur Téhéran.

Marginalisation des Etats-Unis

Si Donald Trump parvient à convaincre le Congrès américain de faire capoter cet accord en votant des sanctions contre Téhéran au nom d’un prétendu non-respect des engagements iraniens, si les Européens devaient se déchirer par la suite afin de savoir s’il faut s’accommoder ou non de cette stratégie, il en sera alors bientôt fini de la plus belle réussite de la négociation multilatérale de ce début de siècle. Offrant une victoire aux faucons iraniens, Donald Trump aura rouvert la voie à une crise nucléaire avec Téhéran. Washington perdra dès lors tout contact avec un interlocuteur indispensable pour stabiliser l’Irak, l’Afghanistan et la Syrie. L’Arabie saoudite et Israël applaudiront. La Russie et la Chine s’imposeront un peu plus comme les puissances capables de créer des ponts dans la région.

Cela précipitera la marginalisation des Etats-Unis, et dans leur sillage celle des Européens, au Proche-Orient. Il sera enfin d’autant plus vain de vouloir convaincre Pyongyang de s’engager dans un gel de son programme nucléaire. Cela ressemble à une recette pour provoquer une guerre. Est-ce ce que veut le président américain? C’est à craindre.

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