Economie, politique, société, culture, sport, sciences: les enjeux écologiques traversent toutes les strates de notre société. Comment passer de l’analyse à l’action? Quelle est la part de décisions individuelles et celles qui relèvent de choix politiques? Pourquoi la complexité du défi ne doit pas nous décourager?

Découvrez pendant la première quinzaine de mai, et à tout moment sur une page dédiée, une série d’enquêtes sur le thème de la transition écologique. 

La consommation de viande et de produits transformés contenant de l’huile de palme recule dans les pays européens, sous l’effet de préoccupations croissantes pour le bien-être animal et la conservation de la biodiversité. Les parts de marché du commerce équitable et des produits de l’agriculture biologique ne cessent de progresser. L’engouement pour les produits locaux et les cultures culinaires régionales ne se dément pas, comme en témoigne le succès des dispositifs d’appellation d’origine et des démarches de valorisation des terroirs. Des céréales anciennes sont remises au goût du jour, tels l’engrain, l’amidonnier, le sarrasin…

Parallèlement, de nouveaux aliments exotiques ont fait leur apparition dans les régimes occidentaux: baies de goji, açaï, graines de chia, pseudo-céréales comme l’amarante ou le quinoa… La quête de sources de protéines alternatives conduit enfin à envisager le développement de la consommation d’insectes, de mycoprotéines (Quorn) ou encore de l’agriculture cellulaire en lieu et place de l’élevage.

Les évolutions des pratiques alimentaires sont étroitement corrélées à celles des pratiques agricoles. Elles affectent l’aménagement, les écosystèmes, le développement et la situation économique et sociale des producteurs de régions entières, proches ou lointaines. L’exemple le plus emblématique en est sans doute la déforestation induite en Indonésie par l’explosion de la production d’huile de palme. Le succès international fulgurant d’un produit peut entraîner tensions sociales, économiques et pressions foncières dans son lieu de production d’origine, comme cela a été observé avec le quinoa.

Le juste prix alimentaire

La géopolitique des protéines a changé de visage au cours des dernières décennies. Plus positivement, des bienfaits sont attendus du développement du commerce équitable du café ou du cacao et du recours à des circuits courts, à la vente directe, permettant de favoriser des produits frais et des producteurs locaux, de renforcer les relations aux terroirs et aux saisons. Une meilleure information sur l’histoire et l’origine des produits serait essentielle pour mettre en lumière les enjeux environnementaux, économiques et sociaux d’un arbitrage entre filières locales et internationales, produits locaux conventionnels et bio d’ailleurs, superaliments technologiques et spécialités de terroir, renoncement à certains produits ou réorientation vers plus de qualité. La question des justes prix alimentaires mériterait enfin d’être posée.

Que seraient des pratiques alimentaires et, en amont, des systèmes agricoles plus résilients et durables, au-delà des intuitions ou des idées reçues? La question est d’importance. La lutte contre la malnutrition, et plus généralement pour une alimentation nutritive pour tous, reste une préoccupation majeure à l’échelle mondiale, de même que l’amélioration des moyens d’existence des agriculteurs. L’agriculture au sens large contribue à environ un quart des émissions de gaz à effet de serre et près des trois quarts de la diversité des cultures auraient disparu des champs des agriculteurs depuis le début du XXe siècle.