Chine

La nouvelle normalité sino-helvétique

Berne signe un accord stratégique avec Pékin sans trop se soucier de la dérive autoritaire en Chine

Durant les trois jours de sa visite d’État en Chine, Johann Schneider-Ammann n’a pas boudé son plaisir. Loin des sarcasmes helvétiques soulevés par ses maladresses de communication, loin des complications européennes, il a retrouvé les mandarins de l’usine du monde. Un univers où il se sent mieux compris, où tout semble sinon plus simple du moins plus efficace et plus sérieux. A l’étroit dans son habit présidentiel, l’entrepreneur était d’abord soucieux de la marche des affaires entre nos deux pays. Il a pu constater qu’elles sont excellentes.

Il faut dire que la Suisse bénéficie d’une aura particulière à Pékin. Depuis la reconnaissance précoce de la République populaire par Berne en 1950, la Suisse y fait figure de pionnier. Traité commercial, joint-venture, reconnaissance du statut d’économie de marché, accord de libre-échange, participation à la banque chinoise de développement, à chaque fois elle a été aux avant-postes du monde occidental pour s’ouvrir à la Chine. Un rôle de laboratoire très apprécié par le pouvoir communiste.

C’est dans ce même état d’esprit, que Johann Schneider-Ammann a signé à Pékin un «partenariat stratégique innovant». Une initiative encore floue mais destinée à rapprocher un peu plus deux économies jugées de part et d’autre parfaitement complémentaires. La Chine est désireuse de monter en gamme? La Suisse possède le savoir-faire pour y parvenir et répond présent. «Une brise printanière souffle sur nos échanges», s’est réjoui Xi Jinping.

Alors que sa croissance fléchit, le pouvoir chinois parle de «nouvelle normalité». Pékin doit impérativement réformer son modèle économique arrivé à bout de souffle. Berne se montre prêt à accompagner ce virage qualitatif avec une bonne dose de réalisme. On peut s’en féliciter d’autant que l’un des enjeux principaux de cette transformation sera la protection de l’environnement. C’est non seulement utile pour la planète – la Chine étant le principal pollueur – mais bon pour nos entreprises.

Cette «nouvelle normalité» s’accompagne toutefois aussi d’un recul sans précédent des libertés en Chine depuis le massacre de Tian’anmen en 1989. Cette autre réalité, celle d’une dérive autoritaire de Xi Jinping qui inquiète en Chine et dans son voisinage, Johann Schneider-Ammann a préféré ne pas la voir. Il a certes rappelé l’importance du respect des droits de l’homme à ses interlocuteurs. Il a aussi très brièvement écouté les critiques de représentants du monde du travail. C’était important. Mais, plutôt que de multiplier les interventions devant les milieux économiques, n’aurait-il pas pu profiter de sa casquette de président pour s’adresser aux étudiants? Sans faire la leçon, il aurait pu faire passer un autre message aux Chinois.


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