Editorial

Novartis a changé de visage

Détesté par ses détracteurs qui ne voient en lui qu’un tiroir-caisse, admiré par ses proches collaborateurs pour son sens de l’écoute et son perfectionnisme, craint ou respecté par ses concurrents à cause de sa vision stratégique avant-gardiste, Daniel Vasella n’a jamais été un patron qui laisse indifférent.

Il a, qu’on le veuille ou non, façonné l’histoire industrielle de ce pays dont il n’hésite pas à critiquer les travers. Fasciné, en début de carrière, par la manière américaine de faire des affaires, il s’est inspiré de ce modèle pour transformer Novartis en multinationale pharmaceutique conquérante, avant de mettre, ces dernières années, un peu d’eau dans son vin. En quatorze ans de pouvoir géré avec un mélange de séduction et d’intransigeance, il a su sentir au bon moment les changements et permettre à Novartis d’éviter les pièges et les restructurations douloureuses qui ont ébranlé un géant comme Pfizer ou fait perdre pied à l’ancienne référence Bayer.

Fusions, acquisitions, reprise en main d’entreprises peu performantes dans la recherche pharmaceutique, mise au point de vaccins ou gestion des génériques: Daniel Vasella a touché à tout. En moins de quinze ans, Novartis a amélioré et affiné sa recherche de médicaments plus efficaces et s’est diversifié à temps pour saisir de nouvelles chances de croissance. D’un statut de multinationale moyenne, le groupe suisse est devenu numéro trois mondial. Et si les projets avortés de fusion avec Roche ou Aventis s’étaient réalisés, il serait sans doute numéro un. En 1996, Novartis était davantage «chimique», que «pharmaceutique». Le groupe est aujourd’hui entièrement concentré sur les nombreuses facettes des sciences de la vie. Le virage de la nouvelle génération dirigeante sera pris avec l’Américain Joe Jimenez. Le défi à relever, avec en prime l’intégration d’Alcon, est crucial pour l’entreprise et la place industrielle helvétique.