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Chantier de l'ITER. Saint-Paul-lez-Durance, 2014.
© ANNE-CHRISTINE POUJOULAT

Editorial

Le nucléaire après le nucléaire

Après Fukushima, l’énergie nucléaire semblait vouée au déclin. Le projet ITER, fondé non pas sur la fission mais sur la fusion de l’atome, pourrait pourtant lui redonner un nouveau souffle

Y a-t-il un avenir pour le nucléaire après le nucléaire? La réponse dépend du processus physique que l’on met sous ce terme connoté négativement. Car le nucléaire est la fission autant que la fusion.

Dans le premier cas, briser des noyaux d’uranium et générer des déchets radioactifs à très longue vie est une façon de produire de l’énergie pour un avenir de moins en moins radieux. Tout au plus s’agit-il désormais de gérer au mieux, et sans risques, les centrales atomiques devant assurer la transition vers l’utilisation d’un large spectre d’énergies renouvelables: hydraulique, géothermique, éolienne ou encore solaire.

Le Soleil, justement, sert de modèle à l’autre méthode: la fusion nucléaire. L’idée consiste à reproduire sur Terre les mécanismes qui font que l’astre nous apporte lumière et chaleur. Tel est l’objectif du projet ITER, lancé il y a dix ans, et qui refait l’actualité.

Une demi-vie de 12,5 ans

Mais comme le fameux sparadrap dont cherche à se débarrasser le capitaine Haddock dans L’Affaire Tournesol, une résonance défavorable, parfois carrément hostile, entoure la fusion. Celle-ci met en scène l’union de deux atomes d’hydrogène modifiés, du deutérium et du tritium, qui dégage une immense énergie calorifique exploitable. Une réaction là aussi «nucléaire», mais elle-même sans danger. Las, l’évocation de la fusion (l’emballement) du cœur du réacteur de Fukushima n’a fait que davantage brouiller les cartes. De quoi, pour les équipes de communication d’ITER, souligner sans répit l’avènement d’une méthode absolument sûre, durable et abondante.

Lire aussi: ITER, au pas de charge sur le chemin de la fusion

Pas si vite, disent encore certains contradicteurs. Et non à tort. Le tritium est un gaz radioactif, difficile à confiner. Et les parois internes du réacteur deviendront elles aussi radioactives lorsque fonctionnera ITER. A cela, les ingénieurs répondent qu’elles pourront être retirées, conditionnées durant quelques décennies, puis recyclées. Quant au tritium, sa demi-vie (qui qualifie sa radioactivité) est de 12,5 ans – ce qui n’enlève rien à sa dangerosité.

Mais l’enceinte d’ITER est conçue de manière à empêcher au maximum les éventuelles fuites; elle est similaire à celle des centrales atomiques, qui génèrent aussi du tritium. Les autres risques (emballement du réacteur surtout), eux, sont nuls, tandis que les gains scientifiques pour l’humanité sont potentiellement immenses.

Comme le CERN

La fusion avec du tritium ne sera testée qu’à partir de 2035, après un lancement de la machine prévu en 2025 au plus tôt. Une leçon peut être retenue d’un autre grand outil de science, le LHC du CERN: sa construction a été lancée avant même que tous ses composants n’existent; les progrès technologiques ont permis leur concrétisation en cours de route.

D’ici à 2035, au lieu de condamner une technique certes imparfaite mais dont les physiciens travaillent à l’amélioration, il s’agit de laisser la même chance à ITER. La fusion pourrait ainsi, en produisant l’énergie de demain, redorer définitivement le blason du nucléaire.

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