Toute normalisation des relations entre l’Iran et la communauté internationale autour de la question du nucléaire constituerait un pas de géant avec des conséquences radicales dans plusieurs domaines: elle renforcerait le traité de non-prolifération nucléaire et améliorerait radicalement la situation géopolitique au Moyen-Orient en augmentant les chances de stabiliser cette région et le marché du pétrole.

Il n’est pas étonnant dès lors que les récents développements, porteurs d’espoir, aient suscité des attentes démesurées à propos d’un possible nouveau chapitre dans les relations hostiles entre l’Iran et l’Occident. Après tout, une réinitialisation des relations entre les deux adversaires pourrait changer le cours des événements.

Mais le fait que les discussions n’aient provoqué ni une percée ni un changement des règles du jeu ne doit pas nous surprendre. Parce que, dans le meilleur des cas, un accord ad interim limité (qui reste en projet) permettrait d’améliorer le climat ambiant et la confiance mutuelle, et de maintenir l’élan des négociations qui ont débuté avec «l’été des sourires» après l’élection d’un nouveau président en Iran.

En laissant entendre une idée de simplicité et d’automaticité, le terme «accord initial» est quelque peu inapproprié. Il est dans la nature même d’un tel accord préliminaire d’être partiel, c’est-à-dire de ne pas traiter de toutes les questions. Il est également dans sa nature de posséder une vaste portée symbolique, où les parties en présence cherchent à poser les bases pour des négociations futures en prenant des positions fortes et en recherchant des garanties étendues. Chaque question se mue en test de résolution et de principe avec des parties délimitant des positions maximalistes.

Il est certain que le timing pour un accord est favorable. De manière générale, les deux parties veulent régler la question du nucléaire. L’Occident préférerait un accord négocié aux crises permanentes qui périodiquement font peser la menace d’une escalade vers un conflit majeur. L’Iran, affaibli par les sanctions, recherche un allégement sur le plan économique sans avoir à abandonner son programme nucléaire. Un accord préliminaire pourrait briser la glace et créer la confiance pour des négociations ultérieures, plus difficiles.

Il existe toutefois deux obstacles majeurs.

Premièrement, trente-quatre années d’hostilité ont forgé une méfiance mutuelle qui ne peut être dissipée du jour au lendemain. Cette méfiance envahit chaque aspect des négociations concernant ce que les Etats veulent bien concéder et ce qui les rassurerait.

Deuxièmement, chaque partie en présence a sa ligne dure, sceptique, sinon carrément opposée à tout accord. Les tenants de la ligne dure iranienne guettent le moindre faux pas pour sauter sur leurs négociateurs. Même en excluant la Russie et la Chine, l’Occident doit satisfaire le Congrès républicain, Israël, l’Arabie saoudite et, désormais, la France, qui a choisi précisément ce moment pour exhiber son exceptionnalisme.

Un accord limité plus réaliste ne devrait pas, en principe, s’avérer impossible à conclure, pour autant qu’il ne se substitue pas à un accord final. L’Iran ne devrait avoir aucune difficulté à poursuivre son programme d’enrichissement de l’uranium à 20% ou à plafonner son stock d’uranium et/ou à le convertir en combustible pour les réacteurs nucléaires, moins dangereux.

Et l’Occident ne devrait pas refuser à l’Iran le droit de produire de l’uranium faiblement enrichi, en échange initialement d’inspections plus intrusives et d’un allégement limité des sanctions. Les points concernant les technologies futures pas encore opérationnelles (par exemple l’usine de production d’eau lourde d’Arak) ne devraient pas être utilisés comme des obstacles à la conclusion d’un accord limité.

La teneur des négociations visant à réduire le programme nucléaire iranien en échange d’un adoucissement des sanctions est une question de détails, de séquençage et de vérification.

Si l’élan de bonne volonté mutuelle survit, et que, ce faisant, il augmente la confiance et renforce la volonté politique, alors les futures rondes de négociation portant sur des détails techniques précis, basés sur la réciprocité et la confiance, seront plus faciles à concrétiser.

Dire qu’en politique tout est une question de timing relève du cliché. Il en va de même avec les négociations. Les dynamiques politiques sont notoirement difficiles à contrôler et à anticiper, et attraper la bonne brise qui emmènera les parties vers un rivage sûr et calme exige un brevet de navigation et un sens de l’urgence, où l’on ne part pas du principe que les conditions optimales dureront éternellement.

Traduit de l’anglais par Fabienne Bogadi

Les tenants de la ligne dure iranienne guettent le moindre faux pas pour sauter sur leurs négociateurs. La même chose s’observe du côté occidental

Un accord limité plus réaliste

ne devrait pas, en principe, s’avérer impossible à conclure, pour autant qu’il ne se substitue pas à un accord final

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