Opinion

Nucléaire: produire à perte, ce n’est pas libéral

Le Genevois Rolin Wavre, président d’Ecologie libérale, appelle à voter oui à l’initiative Sortir du nucléaire au nom des principes économiques libéraux

Il faut dire oui à l’initiative pour la sortie programmée du nucléaire, ne serait-ce que pour des raisons économiques. Admettons que le danger d’accident avec nos vieilles centrales aux cuves constellées de petits trous et les tonnes de déchets que nous laissons à nos enfants ne suffisent pas à vous convaincre d’en sortir. Il faut simplement mettre fin à cette expérience, jusqu’à ce que, éventuellement, la science nous offre une autre technologie propre et sans danger.

La Californie sur la voie rapide

Nos centrales tournent à perte. La Californie, elle, a décidé de désaffecter ses propres centrales parce qu’elles ne sont plus rentables. Dans ce paradis du libéralisme ultra-dynamique que beaucoup ici admirent, la compagnie PG&E s’engage à faire passer sa production de renouvelables de 25 à 55% d’ici à 2030. La huitième puissance économique du monde a vu le potentiel qu’offre ce pari sur l’avenir. Cela, c’est libéral!

Si l’on avait imputé au nucléaire les véritables coûts qu’il occasionne depuis des dizaines d’années dans notre pays, le kilowattheure coûterait très nettement plus cher. Le risque d’accident n’est couvert qu’à hauteur de 1,5 milliard, alors que le coût d’accident majeur serait plusieurs centaines de fois supérieur. L’industrie nucléaire ne paie donc pas les primes correspondant au vrai risque à assurer. Elle n’existerait même pas sans cette lourde subvention déguisée. Certains disent que c’est libéral!

Halte aux subventions déguisées

Autre subvention déguisée: le coût du démantèlement et de la gestion des déchets. Le Conseil fédéral l’estime à plus 20,6 milliards de francs. Pourtant, le fond alimenté depuis près de 40 ans par les exploitants ne totalise que 6,2 milliards en 2016.

C’est donc que la branche n’a pas mis de côté les sommes nécessaires à remettre la Suisse en état! Certains osent venir nous dire que le nucléaire est une énergie bon marché tandis que renouvelables seraient des gouffres à subventions. Ce n’est pas libéral!

Quelques années d’exploitation supplémentaires n’y changeront pratiquement rien, si ce n’est permettre aux responsables actuels de prendre leur retraite sans affronter cette réalité: ce sont nos enfants qui vont devoir régler la facture avec leurs impôts, que l’on en sorte à court ou long terme. Se défausser sur la génération suivante, ce n’est pas ma vision du libéralisme!

On n’indemnise pas l’arrêt d’une industrie déficitaire

Les adversaires de l’initiative font planer la menace d’indemnisations de plusieurs milliards parce qu’on les aurait contraints à stopper une exploitation, déficitaire, de centrales qu’ils sont prêts à céder pour 1 franc et que personne ne veut. Se faire indemniser pour la perte d’installations qui perdent de l’argent et ne valent rien? Ce n’est toujours pas ma vision du libéralisme.

Les renouvelables, une bonne partie de la solution

Faisons plutôt le pari de l’avenir, couvrons nos toits de panneaux solaires qui, ça tombe bien, produisent le plus à midi quand le pays a le plus besoin d’électricité. Soutenons vraiment les efforts de nos chercheurs, de nos start-up et de toutes ces PME qui sont prêtes à investir. Qu’ils créent de l’emploi dynamique, rénovent les bâtiments et posent des panneaux solaires sans entraves bureaucratiques. Il sera toujours plus facile de démonter un panneau solaire ou une éolienne en fin de vie que de décontaminer une centrale ou gérer des fûts hautement radioactifs pendant 100’000 ans…

En Suisse, l’équivalent de deux centrales nucléaires comme Mühleberg en renouvelable est en attente d’approbation. Hydraulique, éolien, solaire, biomasse. Des économies sont possibles, comme à Genève où les Services industriels annoncent une baisse régulière de la consommation.

Pour s’attaquer efficacement à une tâche qui nous rebute, il faut se fixer un délai et se mettre en mode «défi». Couper dans les excès de bureaucratie, lancer massivement les projets énergétiques propres, voire y investir une partie des excédents que produit régulièrement la caisse fédérale. Investir en temps de crise, ça s’est libéral!


Rolin Wavre est président d’Ecologie libérale, et par ailleurs membre du comité directeur du PLR suisse et genevois.

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