On a l’habitude de le dire aux enfants mais les Suisses, dans leur ensemble, ont bien compris la leçon. On ne joue pas avec la prise, quand bien même produit-elle une électricité issue de la très contestée énergie nucléaire. Peuple et cantons ont dit non à une sortie plus rapide de l’atome alors que ces derniers jours, sondages et experts imaginaient plutôt les seconds désavouer le premier. C’est bien l’argument de la prudence qui a joué en plein. La majorité n’a pas souhaité que la question des énergies de remplacement devienne une réalité crue à la fin de l’année prochaine.

Peut-être que le souverain a aussi compris qu’un jeu de dupes se tramait dans les coulisses. L’industrie de l’atome se positionnait, bien sûr, contre l’initiative mais préparait aussi la facture des dommages et intérêts à présenter à la collectivité en cas d’acceptation du texte. Alors, dans ces conditions, pourquoi prendre un risque de rupture de l’approvisionnement énergétique et devoir, en plus, passer à la caisse?

La conseillère fédérale Leuthard sort renforcée de ce combat. Avec sa «stratégie énergétique 2050» acceptée par les chambres, elle peut avancer dans son retrait organisé de la participation de la Suisse du concert des pays qui se chauffent au nucléaire. La Suisse devrait abandonner ses centrales au fur et à mesure qu’elles arrivent en fin de vie. A terme, ce chapitre de l’histoire énergétique sera définitivement tourné. C’est une très bonne chose car l’énergie nucléaire présentée comme la panacée dans les années 60 et 70 n’a pas évolué d’un point de vue technologique depuis cette période. Le nec plus ultra d’alors s’est transformé en gênantes infrastructures que plus personne n’associe au progrès ou à l’innovation.

Cette industrie représente toujours un risque énorme pour l’environnement. D’ailleurs, les fortes interrogations qui s’exprimaient quand les centrales ont été construites n’ont pas été contredites par les accidents intervenus par la suite et dont la gravité est allée crescendo. De Three Mile Island à Fukushima en passant par Tchernobyl, ces catastrophes laissent aux générations futures le soin de régler l’héritage nucléaire, sans parler des déchets produits.

Il n’empêche. Le trentième anniversaire de l’explosion de la célèbre centrale ukrainienne et le mini-tsunami enregistré cette semaine sur les côtes japonaises n’auront pas conforté les Suisses dans leur volonté d’accélérer la cadence. Et l’UDC rêve de torpiller le projet de sortie du nucléaire et croit même possible de nouveaux projets dans le domaine. Mais faudra-t-il encore trouver de nouveaux investisseurs: Axpo, BKW et Alpiq ont officiellement retiré leurs demandes de construction de nouvelles centrales et personne ne se bouscule pour prendre la suite.


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