Indécision, manque de stratégie et d’anticipation, que n’a-t-on entendu à propos de l’attitude du Conseil fédéral? Ces reproches sont loin d’être infondés, tant le gouvernement donne le sentiment d’avoir minimisé les problèmes jusqu’à, au moins, ce fameux 13 mars 2009, jour où il a dû lâcher l’obsolète distinction entre évasion et fraude fiscales.

On peut bien sûr discuter de la responsabilité personnelle des membres du Conseil fédéral les plus directement concernés par cette affaire. Elle est réelle. Mais elle est partagée par les partis politiques eux-mêmes en raison de cette trouble relation qui les unit à leurs représentants au gouvernement.

Plutôt que de réfléchir aux solutions qui permettront à la Suisse de sortir du guêpier dans lequel elle se trouve, les partis s’ingénient trop souvent à ériger des boucliers autour de leurs représentants pour les protéger. Le PLR accorde un soin méticuleux à organiser la défense d’un Hans-Rudolf Merz particulièrement malmené dans ce dossier. Il n’est point besoin de rappeler la bienveillance aveugle avec laquelle le PDC commente chaque acte, chaque pas de Doris Leuthard. Et l’on peut sans problème étendre cette réflexion à la fidélité sans faille que le Parti bourgeois-démocratique témoigne à Eveline Widmer-Schlumpf.

Cette proximité promet de s’intensifier à mesure que l’on se rapprochera des élections fédérales de 2011. Or, il est indispensable que, face aux crispations croissantes qui s’expriment sur la scène internationale, les membres du Conseil fédéral agissent et décident à l’abri de leurs partis. A l’inverse, ceux-ci devraient construire leur stratégie électorale sur des valeurs et des propositions politiques plutôt que sur la défense de leurs conseillers fédéraux.

S’ils ne parviennent pas à couper ce lien, qu’ils se demandent au moins si leurs représentants constituent de bonnes locomotives électorales. La question paraît particulièrement pertinente dans le cas de Hans-Rudolf Merz.