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Le mouvement «Nuit Debout» sur la place de la République à Paris, le 19 avril 2016.
© YOAN VALAT

Editorial

«Nuit debout» ou l’envers de la République avant 2017

Le dialogue semble rompu entre la classe politique française et le mouvement «Nuit debout». Ce dernier se radicalise, sans être une menace pour l’ordre public

Alain Finkielkraut a péché par naïveté. Le philosophe français, chantre d’un néonationalisme controversé, avait toutes les raisons de se retrouver, face aux indignés de «Nuit debout» confronté à un mur d’hostilité sur la place de la République.

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N’empêche: le fait que les manifestants parisiens aient bruyamment éjecté l’académicien de leur happening nocturne ce week-end a trahi l’idéologie dominante de cette mobilisation étudiante et alternative. Il ne s’agit pas, pour les protestataires qui viennent chaque soir remonter leurs tentes et leurs estrades, de discuter sans œillères du mal-être de la jeunesse française.

Leur agenda, sur fond de débat houleux autour du projet de loi sur la réforme du marché du travail, est résolument politique. Leur défiance à l’égard des institutions, de l’élite académique et des médias est patente. Leur refus des contraintes économiques est revendiqué. Chaque «pôle» se vit, sur les places publiques occupées à la nuit tombée, comme un foyer de subversion, avec comme instruments pour se faire entendre, les actions coups de poing et les applications de messagerie vidéo, via Internet. Sur le pavé de Paris, de Toulouse, de Nantes, de Perpignan, peu de différences séparent parfois ces rassemblements de ce que l’on entend dans les «ZAD», les fameuses zones à défendre constituées contre le barrage de Sivens ou l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes.

S’y ajoute, en cette fin agitée de quinquennat d’un président français à l’autorité de plus en plus contestée, le délitement du dialogue social et des ponts entre l’actuelle majorité de gauche et sa frange la plus radicale. Bien sûr, l’Etat peut à tout moment reprendre la main et ce mouvement demeure loin de pouvoir bloquer la capitale et les métropoles où il a commencé d’essaimer. Le mouvement «Nuit Debout», contrairement à ce que prétend l’opposition de droite et malgré quelques débordements, n’est pas une menace à l’ordre public.

Lire aussi: «Nuit debout», en attendant le Grand Soir

Mais il témoigne, par sa radicalité croissante, de ces fissures que le système politico-intellectuel hexagonal n’est plus en mesure de colmater. Comme si un dialogue de sourds s’était installé avec cette frange d’activistes à la fois bon enfant et intransigeants, sans que personne – universitaires, élus ou personnalités issues de la société civile – ne soit aujourd’hui capable de faire l’intermédiaire et de dénouer ce face-à-face.

«Nuit debout» incarne, un mois après son démarrage, l’envers de la République française, un avant la présidentielle de 2017. Une partie de la jeunesse, lassée de promesses non tenues, est tentée par la radicalité. Une frange de la gauche entretient le mythe du «grand soir». Une grande partie de la droite réclame l’ordre avant tout, criant presque à la «chienlit». Tandis qu’à l’Elysée, le raisonnement demeure avant tout tactique. Et, par conséquent, propice au délitement.

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