Ce week-end, je suis allée rejoindre mon chéri à Paris et j’ai dormi avec Henry. Avec mon chéri aussi. Avec mon chéri ET Henry. Un trouple, oui. C’est la mode à Paris. Agréable? Particulier. Très cosy, mais acrobatique aussi. Car Henry, en habitué des lieux, étudiait la meilleure place où se loger, s’y lovait et me forçait à ne plus bouger. C’est ainsi. Lorsqu’une âme trouve la paix, ce bien si précieux de jour comme de nuit, je suis incapable de la bousculer. J’en ai hérité quelques courbatures, mais, au matin, j’ai été récompensée par une longue liste de câlins. Ronronnements en tout genre, baisers mouillés et une drôle de manière de jouer de la mâchoire quand sa joue se posait sur ma main. Vous l’avez compris, Henry est un matou malin. Loué avec le Airbnb, un charmant appartement situé sous les toits de Paris.

Attachement fulgurant

Henry m’a troublée. Pas physiquement, quoique ce n’est jamais anodin de se faire lécher le museau et d’avoir un corps tout chaud contre le sien. Henry m’a surtout troublée, question attachement. A le voir bondir sur notre couette avec tant de familiarité, impossible d’imaginer qu’on ne se connaissait ni d’Eve, ni d’Adam. Pas même du pommier. Un observateur de cette scène à trois aurait imaginé un long compagnonnage, un patient apprivoisement. Que nenni. Henry, on ne l’avait jamais vu avant ce week-end et on ne verra sans doute plus jamais sa jolie frimousse blanche et noire, avec deux taches vagabondes près du nez. Et pourtant, quel déploiement de tendresse, quelle démonstration d’affection!

Pauvres maîtres, à moins que…

D’abord, sous l’effet d’un anthropocentrisme clivé, j’ai ressenti de la pitié pour les maîtres qui l’ont élevé. Je me suis dit, avec une pointe d’accent parisien: «Eh ben, mazette, ces deux-là sont vite remplacés.» Et, tout de suite après, je les ai admirés. Pour leur éducation 2.0 qui fait de leur félin un être parfaitement en phase avec les nouveaux modèles de société. Plus de souplesse, plus d’ouverture, moins d’appartenance crispée, moins de dépendance névrosée. Chat alors, me suis-je exclamée, ce jeune couple a tout compris.

Non seulement, ils louent leur appartement où, à moins d’être aveugle et insensible, on découvre qu’ils sont vegans, qu’ils aiment voyager et qu’ils raffolent du design bobo griffé. Mais en plus, ce joli duo qui dévoile son intimité, loue Henry, ses ronronnades et ses airs alanguis. Du vivant pour le même prix. De la «real life», oui, mais bien plus stylée que «Secret story». Il fallait y penser. Ah, Paris!

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