Opinion

Numérique: la Suisse a besoin d’une gouvernance 4.0

Faut-il un jeune conseiller fédéral pour comprendre les enjeux du numérique? Le conseiller national Claude Béglé plaide pour une nouvelle gouvernance dans laquelle la jeunesse n’est pas un facteur décisif

Des voix plaident pour qu’une personnalité jeune prenne les commandes de la transition numérique au Conseil fédéral d’après l’article paru ce week-end «Un ministre jeune et au profil numérique» (LT 24 juin 2017). J’entends bien la force que peut avoir l’argument de la jeunesse pour orchestrer cette révolution 4.0 qui se caractérise par un rythme effréné de l’innovation technologique. Mais penser que le seul critère de l’âge permettra de relever ce défi colossal est une illusion. La révolution en cours requiert avant tout un mode de gouvernance adapté.

L’avènement du numérique est une révolution technologique inédite par l’ampleur de ses impacts sur l’ensemble de la société et de l’économie. Tous les secteurs de notre pays sont touchés: dossier médical numérisé, trains sans conducteurs, géolocalisation des clients, enseignement par Internet (MOOC), films à la demande, agriculture numérique, domotique, etc.

La Suisse y répond avec efficacité: la Stratégie «Suisse numérique» fixe, depuis avril 2016, les lignes directrices globales pour le pays, les mesures que l’administration fédérale met en œuvre et les collaborations nécessaires; le «Dialogue Suisse numérique» met en réseau les forces créatrices et novatrices incontournables pour la mise en œuvre de cette stratégie (économie, société civile, scientifiques, acteurs politiques); le Groupe interdépartemental Suisse numérique CI-SI assure la collaboration interdisciplinaire indispensable au sein de l’administration fédérale. Enfin, une Conférence nationale sur la société de l’information est en préparation pour la fin de l’année.

Le défi des GAFA

Mais le défi est réellement colossal car il s’agit d’évoluer aussi vite que les fameux GAFA – Google, Amazon, Facebook, Apple – et la plupart des start-up du numérique. Et dans cette folle course, qui ne tient pas le rythme recule. La Suisse est au 2e rang mondial en termes de compétitivité, mais seulement au 8e pour la numérisation de son économie (IMD 2017).

Face à une telle disruption technologique et sociétale, une gouvernance de disruption s’impose.

C’est pourquoi, au lieu de miser uniquement sur la jeunesse du chef, il vaudrait mieux reconsidérer le mode de gouvernance. L’approche classique, structurée, hiérarchique et top-down, qui a largement fait ses preuves jusqu’à maintenant, n’est pas celle des acteurs du numérique. Les déclinaisons numériques sont tellement variées, les acteurs concernés tellement nombreux, l’innovation tellement rapide, qu’un nouveau secrétaire d’Etat ou un super-Conseiller fédéral aurait de la peine à faire mieux que ce qui est à l’œuvre actuellement.

Face à une telle disruption technologique et sociétale, une gouvernance de disruption s’impose. S’il n’est bien sûr pas question de transformer l’administration fédérale en start-up, il serait bon de s’inspirer de pratiques qui augmentent l’agilité et accélèrent la circulation des idées.

L’organisation agile

Concrètement, l’organisation agile, qui existe depuis dix ans dans des sociétés comme Spotify, Salesforce, ou l’agence digitale suisse Liip, repose sur trois volets.

1. L’autonomie: création de petites équipes, sans chef, mais avec un coordinateur, dont la dynamique repose sur la grande autonomie (et la responsabilité) laissée à chacun, couplée avec un travail collaboratif très transparent.

2. L’itération: découpage des tâches en projets courts (5 à 10 jours) avec feedback au même rythme pour un travail par itération pouvant rapidement intégrer une nouveauté ou un réajustement des objectifs.

3. La circulation accélérée de l’information: constitution de groupes d’échange informels sur l’intranet pour poster ses bonnes idées, ses questions, ses problèmes… et obtenir des réponses rapidement.

La motion que j’ai déposée en juin dernier va dans ce sens. J’y demande la mise en place d’un pilotage agile capable de faire évoluer la transition numérique suisse vers une gouvernance encore plus réactive. Demain en effet, tout pays de pointe devra être à l’aise avec le numérique. Les comportements humains doivent s’adapter. Les modes de gouvernance aussi.

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