Le nouveau coronavirus a fait plus de 215 000 morts dans le monde. Depuis l’apparition de la maladie en Chine en décembre, 3 068 300 cas ont été recensés sur la planète, selon un bilan établi par l’Agence France-Presse à partir de sources officielles ce mardi en début de soirée. Les Etats-Unis, où la barre du million de cas recensés a été franchie, sont le pays qui a enregistré le plus grand nombre de morts (58 351), soit plus que le nombre des militaires américains disparus lors de la guerre du Vietnam. Dans la suite du sinistre classement, il y a l’Italie (27 359), l’Espagne (23 822) et la France (23 660). Le Royaume-Uni, qui va inclure à partir de mercredi les décès dans les maisons de retraite dans ses bilans quotidiens, comptait mardi 21 678 morts.

Malgré tout, les politiques du monde entier n’ont plus qu’un seul mot à la bouche, mais qu’ils manient avec une prudence de Sioux: le déconfinement. En Suisse aussi, où «le Conseil fédéral est à nouveau très attendu ce mercredi devant la presse» pour «détailler son plan», précise la RTS. «Des précisions sur la réouverture des écoles, des clarifications pour les transports – en concertation avec le Conseil européen et l’AELE – la restauration, les frontières ou l’aide à l’aviation sont notamment attendues», de même que de nouvelles informations sur les manifestations publiques.

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Alors, «à nous la liberté? Certainement pas», prévient Libération, et ce qui est valable pour la France l’est aussi ailleurs. Alors qu’en Allemagne, le taux de contagion repart à la hausse et que dans l’Hexagone, le plan d’Edouard Philippe est vu plus comme «un carcan qu’une libération», partout il y a débat, entre pressions économiques et contingences sanitaires. Mais rien ne semble hélas nécessairement vrai ou nécessairement faux. Alors, les médias s’interrogent naturellement «sur le meilleur calendrier de retour à la normale et sur les risques encourus», selon le site Eurotopics.net.

Cette «envie de liberté»…

La Süddeutsche Zeitung (SZ), par exemple, est inquiète: «Dans les crises, le moment critique est toujours celui où la pression, la tension se relâchent.» Quand la peur se dissipe, «l’envie de liberté est omniprésente. Quel prix une société est-elle prête à payer pour protéger des vies?» De fait, «pour retrouver la liberté, nous avons besoin de davantage de discipline dans la vie publique. […] Il existe différents moyens de sortir des restrictions. Mais ils n’aboutissent pas à la normalité d’avant», aux yeux du journal tchèque Lidové noviny. La preuve? «Certains jeunes adultes n’ont toujours pas compris l’importance de limiter les rassemblements», déplore Radio-Lac, à Genève

Dans La Stampa de Turin, le politologue Alberto Mingardi estimait déjà il y a trois semaines qu’il était «dans l’intérêt général que la souplesse prenne le pas sur la rigueur», car «à mesure que le temps passe, on se rend compte qu’on ne pourra supporter indéfiniment le confinement. Il existe un seuil à partir duquel le lockdown entraîne une réduction drastique de notre bien-être.» Mais de toute manière, la réponse, c’est la société qui la donne, «par son comportement», et elle n’a pas toujours, selon la SZ, «un sens très développé pour détecter le danger»…

… En ces jours de printemps où le vent tourne concernant la perception du coronavirus, son instinct pourrait la pousser dans la mauvaise direction

En Russie, la Novaïa Gazeta met aussi en garde contre un assouplissement prématuré des restrictions: attention au «manque de vigilance», dit-elle, surtout dans les métropoles, où «garantir la distanciation sociale de sécurité sera une gageure dans les transports en commun bondés.» Et en Finlande, le quotidien Kainuun Sanomat constate que la première ministre, Sanna Marin, est très préoccupée par le sort des enfants actuellement à la maison, dans les conditions les plus disparates. […] On attache bien moins d’importance au fait qu’à côté des enfants, un nombre très important d’adultes travaillent dans les écoles» et «une part significative» d’entre eux «appartiennent à un groupe à risque».

L’Europe reste très touchée

«En parallèle à la baisse du nombre de victimes du Covid-19», ajoute le site Touteleurope.eu, les gouvernements européens poursuivent ainsi le déconfinement progressif de leurs populations, même en Espagne, pays qui observait des règles parmi les plus strictes au monde. «Scooters, vélos, ballons de football et landaus remplissent à nouveau les rues», écrit La Vanguardia de Barcelone. «Les enfants de moins de 14 ans ont en effet été autorisés dimanche 26 avril à ressortir dans les rues du pays entre 9 heures et 21 heures pour jouer ou se promener, pour la première fois depuis le 14 mars.» Mais Le Monde le rappelle:

Ce regain de liberté ne garantit pas un retour immédiat à la normale, car l’Europe reste le continent le plus touché à ce jour

Bref, comme le relève La Presse au Québec, «l’expression est de l’analyste Tomas Pueyo», ingénieur de la Silicon Valley cité et filmé par l’agence de presse espagnole EFE: on va avoir affaire à «un déconfinement progressif déjà amorcé par plusieurs pays [qui] ressemblera à une sorte de danse avec le coronavirus». Qui «sera toujours là, pendant des mois, peut-être plus, et il faudra apprendre à vivre avec lui, tout en minimisant le risque d’une deuxième vague». Alors, est-ce trop tôt […]? «Peut-être pas. Mais il faudra procéder avec une infinie prudence.»


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