Barack Obama ira-t-il à Hiroshima lors du prochain sommet du G7 qui se tiendra au Japon le mois prochain? La rumeur gagne du terrain, à en croire les médias de part et d’autre du Pacifique. Elle fait suite à la visite du secrétaire d’état américain John Kerry au Mémorial de la Paix il y a quelques jours, en compagnie d’autres ministres du G7. Ni Tokyo ni Washington n’ont confirmé la possible venue présidentielle.

Pourquoi la question suscite-t-elle pareil intérêt? Parce qu’aucun locataire de la Maison Blanche, à ce jour, n’est venu se recueillir sur les lieux des bombardements atomiques qui ont coûté la vie à au moins 129’000 personnes (Nagasaki compris) voilà presque 71 ans. Barack Obama a fait de la non-prolifération des armes nucléaires l’un de ses chevaux de bataille. A l’heure où Donald Trump ose suggérer à son électorat et à la face du monde que le Japon et la Corée du Sud pourraient être amenés à acquérir la force de frappe atomique pour faire face à la Corée du Nord et à la menace chinoise, la visite du président à Hiroshima constituerait un geste d’apaisement qui prendrait tout son sens.

Geste d’apaisement? Les choses, hélas, ne sont pas si simples. Si, aux yeux de l’Occident globalisé, la venue potentielle d’Obama semble envoyer un signal positif, il n’en va pas de même au niveau de la zone Asie Pacifique. Une partie de l’opinion publique coréenne et chinoise considère qu’une visite du président américain à Hiroshima comporterait une dimension de contrition voire d’excuses (même si les Etats-Unis ne s’excuseront vraisemblablement pas officiellement, dans un souci de maintenir la cohérence de leur justification historique du recours au nucléaire militaire). Cette attitude contrite, estime par exemple un récent édito du Korea Times, renforcerait le discours révisionniste et victimisant à l’œuvre au sein d’une partie de la droite conservatrice japonaise au pouvoir: l’idée selon laquelle le Japon de la Seconde Guerre mondiale aurait été précipité dans le conflit par l’arrogance et l’impérialisme des puissances coloniales occidentales.

Hiroshima et Nagasaki constituent un épisode dont la violence est proportionnelle à la complexité symbolique. Les Etats-Unis, en termes de narration, en ont fait la tabula rasa sur la base de laquelle l’ennemi juré (l’Empire du Japon) a été transformé en allié indéfectible (le Japon moderne). Une manière terriblement efficace de sceller une alliance ambiguë mais durable, autour de laquelle continuent de s’articuler les antagonismes qui rongent les relations entre le Japon et ses voisins.

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