Revue de presse

Obama inquiet, l’UE inquiète: c’est le jour des adieux émus à Berlin

Les principaux dirigeants européens espèrent des assurances face au saut dans l’inconnu de l’Amérique de Trump. Et le président sortant, malgré tout son prestige et son charisme, vit des jours bien moroses

C’est la «der» qui sonne: les principaux dirigeants européens convergent ce vendredi vers Berlin pour une ultime rencontre avec Barack Obama, espérant des assurances face au saut dans l’inconnu que représente, pour l’Europe et le monde, la présidence Trump aux Etats-Unis. Inquiets du devenir des liens transatlantiques et de la pérennité des engagements pris au sein de l’Otan, Angela Merkel, Theresa May, Mariano Rajoy, Matteo Renzi et François Hollande retrouvent le président américain pour la dernière fois avant son départ, le 20 janvier prochain. «Bittersweet farewell», «adieux doux-amers», explique le Washington Post.

Ce séjour «inhabituellement long» doit servir «à clarifier certaines questions urgentes», selon la Süddeutsche Zeitung. Parce que l’Europe est «traversée de nombreuses crises (Brexit, flux migratoires, conflit dans l’est de l’Ukraine, récession économique)» et qu’elle ne sera pas une priorité des Américains ces prochaines années. Pour Barack Obama, c’est «une source d’inquiétudes», selon Pierre Melandri, historien spécialiste des relations internationales et des Etats-Unis interrogé par Radio Vatican.

Pas de quoi cimenter le bilan

D’ailleurs, des cinq leaders européens qui seront présents autour de la table, seule Angela Merkel était déjà au pouvoir lorsque le premier président noir de l’histoire des Etats-Unis a été propulsé à la Maison-Blanche en 2008 sur un message d’espoir au rythme de «Yes we can». A Berlin déjà, le jeune sénateur avait été accueilli comme une rock star, se souvient l’Irish Times. Huit ans plus tard, ses adieux se font dans une atmosphère morose pour un président qui pensait voir Hillary Clinton lui succéder et cimenter son bilan. Sur le plan climatique, par exemple, il a toutes les raisons de penser que le tycoon élu ne suivra pas les Européens dans la lutte contre le réchauffement, fait remarquer la Frankfurter Allgemeine Zeitung, qu’a lue Courrier international.

Donc, «ne surtout pas dire sommet, mais réunion informelle», prévient La Croix. «La date avait été fixée il y a un mois et demi» et «tout cela devait se faire sous le signe de la continuité, dans l’optique d’une élection de Hillary Clinton». Vu la tournure des événements, on se trouve maintenant plutôt «dans la commémoration que dans la transition». Pour Obama, «la boucle est bouclée». Même l’inattendu… Yahoo! Sports parle de «Barack and Angela’s tragic romance» par-dessus l’Atlantique.

«Plus de questions que de réponses»

Cette tournée d’adieux pose donc «plus de questions qu’elle n’apporte de réponses», confirme Le Monde. Car «si le président américain peut donner le sentiment de vouloir passer le relais à Angela Merkel pour la défense du monde libre et démocratique, il n’est pas sûr que celle-ci veuille vraiment assumer ce rôle», observe une chercheuse pour qui le fait que la chancelière allemande organise ce mini-sommet en présence des principaux autres dirigeants européens «en est le symptôme»: «Cela montre que Merkel ne veut pas se retrouver seule à porter le flambeau des démocraties occidentales en difficulté.»

«On va nous seriner» qu’Obama lui transmet le témoin, pour France Inter «C’est vrai et c’est faux à la fois. Les beaux discours, Merkel et Obama en sont les champions. Mais en réalité, ils n’ont pas vraiment avancé ensemble.» Et de rappeler les écoutes du téléphone personnel d’Angela Merkel par la NSA, les disputes sur l’effacement de la dette grecque et la lutte contre la crise de l’euro, «laborieuse». Sans compter que «tous deux ont été les champions du retrait au Proche-Orient, qui a conduit au chaos, au terrorisme et à la crise des réfugiés».

Le «testament politique»

A Athènes il y a deux jours, Obama, dans «un discours aux allures de testament politique» – selon Libération – avait déjà «esquissé les trois grands axes autour desquels le monde devrait tourner en ces temps incertains: la démocratie est le meilleur système pour garantir la croissance économique, le repli vers le passé n’est pas un remède à la mondialisation, et tous les gouvernements devraient s’attacher à combattre les inégalités sociales croissantes qui ont favorisé l’essor du populisme», relaie La Vanguardia, à Barcelone, que cite le site Eurotopics. Son «autorité morale», sa «rhétorique claire et la conjoncture actuelle» ont donné «du poids à son discours» et «son prestige international» lui permettra «de s’engager pour un grand nombre de causes justes et de cultiver l’image de son pays à l’étranger».

Reste que dans sa «lectio magistralis», l'«apologie de la démocratie […] est prononcée à un moment où les principes de pluralité et de démocratie», justement, «sont attaqués et malmenés partout dans le monde» s’inquiète de son côté La Repubblica, à Rome. «Obama laisse une démocratie en pleine décadence», «una democrazia decadente», indirectement «vaincu par un individu […] antidémocrate et antilibéral. […] Il est difficile d’imaginer comment jeter les bases d’une régénération politique et morale, mais une chose est sûre: pour triompher de l’ennemi, qu’il soit violent ou trompeur, la démocratie ne peut se limiter à affirmer sa supériorité intellectuelle. Il faut aussi faire preuve de passion politique.»

Car en face, il y en a déjà beaucoup, de passion.

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