Editorial

Obama, symbole de la globalisation menaçante

Le vote sanction qu’a subi le président Barack Obama lors des élections de mi-mandat a quelque chose de paradoxal. En 2012, les Américains l’ont réélu à la Maison-Blanche malgré une reprise économique qui se faisait attendre. Deux ans plus tard, l’économie américaine recommence à croître et à créer des emplois. Depuis la crise, le taux de chômage aux Etats-Unis est passé de 10 à 5,9%. Ce constat n’a pas suffi à persuader les Américains de soutenir un président que les républicains décrivent comme inapte à diriger la première puissance mondiale.

Barack Obama a eu ses errements. Il n’a pas toujours investi le capital politique nécessaire pour éviter, par exemple, le lancement désastreux du site internet censé accompagner sa réforme de la Santé. Il n’a pas, comme le disent les Américains, le «schmooze», la capacité de socialiser avec les membres du Congrès pour les convaincre d’accepter sa vision politique. Mais s’il paie au prix fort sa politique, c’est parce qu’il a transformé la manière de concevoir le rôle des Etats-Unis dans le monde. Il est sans doute parfois trop délibératif, mais il refuse la mécanique simpliste de l’usage systématique de la force défendu par le sénateur républicain John McCain. En traitant directement avec l’Iran pour éviter une guerre, ou avec Cuba pour tenter de normaliser les relations avec La Havane, Barack Obama dialogue avec l’ennemi. A ses yeux, ni l’isolement aveugle de Téhéran ni l’embargo anachronique contre Cuba n’ont de sens dans un monde aussi interconnecté. Son credo est simple: la puissance de l’Amérique aura toujours des attributs militaires, mais elle doit désormais se décliner davantage à travers l’économie, des traités de libre-échange avec l’Europe et l’Asie, mais aussi la science et l’éducation.

Cette vision est plus transformatrice qu’on pourrait le croire même si elle ne produira des effets qu’à long terme. C’est la raison pour laquelle elle déstabilise, à l’heure où la force brute dévaste l’est de l’Ukraine ou entraîne des décapitations de journalistes américains en Irak. Sanctionner Barack Obama qui, il est vrai, ne sait pas partager son projet avec les Américains à l’image d’un Bill Clinton, et confier les rênes du pays à un Parti républicain déchiré et sans programme, c’est une façon d’éviter la complexité du monde et de se rassurer à bon compte. Barack Obama embrasse la globalisation, mais celle-ci reste synonyme de précarité pour une majorité de l’électorat.