L'Amérique osera-t-elle? A J-1, impossible de dire qui remportera l'élection présidentielle. Les sondages donnent unanimement Barack Obama en tête. Mais ils se sont trompés en 2000 et en 2004. Et nul ne sait quelle incidence aura le facteur racial dans l'isoloir.

L'Amérique pourtant retient son souffle, comme prise de vertige, consciente qu'elle est peut-être sur le point d'écrire une nouvelle page de son Histoire. Qu'ils soient démocrates ou républicains, indépendants ou indécis, les Américains savent qu'ils vont participer à l'élection de leur vie. Dans les deux camps, la mobilisation est sans précédent, les queues pour participer aux votes anticipés dans certains Etats en témoignent. Et déjà se dessine la crainte d'une paralysie des urnes mardi.

Si la tension est telle, c'est que la première puissance du monde est sur le point de vivre un basculement générationnel et de valeurs. Comme il y a eu un momentum Kennedy accompagné du mouvement pour les droits civiques, puis un momentum Reagan donnant le signal de la réaction conservatrice et «libertarienne», il y a aujourd'hui un momentum Obama, qui devrait voir l'Amérique se recentrer vers la gauche de l'échiquier politique.

La faillite de l'économie - des reaganomics - annonce une nouvelle ère de régulation. L'élection d'un Noir à la présidence serait l'acte rédempteur effaçant le péché originel de la démocratie américaine. Avec l'accès d'une personnalité issue d'une minorité au poste suprême, l'Amérique sortirait sans doute plus solidaire, moins inégalitaire, sans pour autant renier son dogme de la liberté individuelle.

Fait extraordinaire, ce momentum est porté par un homme dont la foi en sa destinée semble inébranlable. Il convoque les pères de la Nation, Lincoln, Roosevelt et Kennedy pour légitimer son œuvre. Son livre programmatique, L'Audace d'espérer, se lit comme une vision gandhienne pour fonder un nouveau «contrat social». Barack Obama a un discours messianique. C'est d'ailleurs en cela qu'il est très Américain. George W. Bush et les néo-conservateurs s'étaient donné pour mission de porter la lutte du bien contre le mal dans le monde. Barack Obama promet de réconcilier les Américains avec eux-mêmes et le reste du monde. C'est bien plus ambitieux.

L'Amérique osera-t-elle?

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