Ce dimanche-là quelque part dans Bhuj, au moment peut-être où le reporter Enric Marti prenait cette photo, une petite fille de trois ans coincée sous les décombres chantait des versets en arabe. «Elle était indemne» lorsqu'on l'a sortie, raconte un secouriste indien. Dans la ville de Bhuj, non loin de l'épicentre du séisme qui a dévasté le 26 janvier l'Etat du Gujarat, comme dans d'autres cités détruites, on n'entend désormais plus aucune plainte. Sinon celles des rares survivants qui sont restés. Tous cherchent à fuir. «Une ville détruite et totalement silencieuse […] Aucun mouvement ne vient la troubler», écrit un journaliste qui arrive à la tombée de la nuit à Bachao. La première arme du sauveteur a été de tendre l'oreille, d'écouter.

Ecouter tous les jours qui ont suivi le désastre jusqu'à mercredi, jour des derniers «miracles». «Ce matin, un de mes hommes a entendu une plainte et nous nous sommes rendu compte qu'il y avait quelqu'un à l'intérieur», raconte un secouriste qui a participé à la résurrection d'une jeune femme. Les cris d'un bébé sorti des ruines, les voix des sauveteurs aussi, dans l'autre sens: «Je pouvais les entendre, j'avais confiance», explique Prinyanka, 13 ans, miraculée. Un bruit, une voix, des fils invisibles qui ont permis pour un temps que la vie résiste à l'obscurité, à l'ensevelissement. Mais le bruit, c'est aussi le grondement de cette «vague formidable» décrite par un témoin. Elle faisait s'effondrer les maisons «les unes après les autres». Un souvenir traumatisant. «Si j'entends une porte claquer ou des ustensiles tomber, mon cœur bat plus vite et j'ai peur. J'ai des palpitations», raconte un rescapé. E.Sr

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