A découvrir les photographies de la chute finale de Mir, on ne pouvait vendredi qu'admirer la dextérité des professionnels postés sur les îles Fidji. Mieux vaut ne pas trembler lorsque des objets épars, dans la banlieue de la stratosphère, défilent à huit kilomètres par seconde dans un téléobjectif. Si les observateurs ont été bluffés par la vitesse des météores «made in USsR», ils ont également admiré l'intensité et la splendeur des traînées orangées. Le commentateur de CNN était hystérique: «Nous sommes en extase!» Un pilote de la compagnie Sunflower, qui volait dans la région à 8000 pieds, était plus sobre: «Nous étions en plein dans la lumière du soleil, mais la longue queue de fumée était beaucoup plus brillante que cela.»

La photographie - «Ecrire avec la lumière» – s'est intéressée dès ses débuts au spectacle astronomique. «Spectacle?» Comme celles de vendredi, les images cosmiques se sont longtemps révélées de faible valeur scientifique, mais de grande délectation esthétique. Dès le départ, la tâche des photographes a été compliquée par des problèmes de vitesse et de luminosité, trop grande ou trop faible, des objets du ciel. Fixer la lumière, le plus véloce de tous les phénomènes, quel pari! Quelle étrange beauté aussi, comme le suggère le journal d'Eugène Delacroix en date du 13 août 1850: «On a obtenu de l'étoile Alpha, de la Lyre, une empreinte de la grosseur d'une tête d'épingle. La lettre qui constate ce résultat fait une remarque aussi juste que curieuse: c'est que la lumière de l'étoile daguerréotypée mettant vingt ans à traverser l'espace qui la sépare de la terre, il en résulte que le rayon qui est venu se fixer sur la plaque avait quitté sa sphère céleste longtemps avant que Daguerre eût découvert le procédé au moyen duquel on vient de s'en rendre maître.»

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