C'était dimanche dernier, dans le nord de l'Angleterre. Des employés du Ministère britannique de l'agriculture rassemblaient des vaches et porcs abattus afin de les incinérer au plus vite, sur place, dans une ferme de Heddon On the Wall. La pelle mécanique utilisée comme une grue renforce l'idée de l'urgence presque panique du moment: brûler au plus vite les animaux afin que ne puissent se répandre les redoutables agents infectieux de la fièvre aphteuse. Les deux pattes – bien silhouettées par le contre-jour – de la vache pendue dans les airs suggèrent le nom anglais de la maladie: «foot-and-mouth disease», la maladie du pied et de la bouche.

Les bûchers de ces derniers jours ont impressionné plus d'un Britannique. Beaucoup d'entre eux ont par exemple été surpris de découvrir des feux nocturnes à moins de 30 kilomètres du centre de Londres. Ces incandescences sont autant de réminiscences des supplices de jadis et, surtout, des grandes épidémies. A commencer par la peste, dont l'Angleterre a eu sa part, maintes fois, de brutales manières.

Et comment ne pas être troublé par le lieu de la photo, un village du Northumberland accolé à ce qui reste du mur d'Hadrien. Le fameux édifice a été construit pour repousser les invasions des Picts, des hordes d'Ecossais affreux et tatoués qui flanquaient une trouille bleue aux Romains. Menaces et remparts, invasions et contaminations, cette photo s'inscrit drôlement dans l'histoire de la grande île.

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