Les images vues à la télévision, confirmées par les photos d'Associated Press et d'autres agences publiées dans les quotidiens, ont de quoi entretenir la perplexité dans la polémique sur la nocivité supposée de l'uranium appauvri utilisé pour certains obus lancés sur la Bosnie et le Kosovo (et sur l'Irak quelques années auparavant). Ce cliché du photographe d'AP Visar Kryeziu montre en effet un contraste saisissant entre les combinaisons de protection des soldats portugais et italiens de la KFOR en train de mesurer d'éventuelles radiations, et la tenue de ville dans laquelle Bernard Kouchner, encore pour quelques heures chef de la Mission de l'ONU au Kosovo, est venu leur rendre visite sur le terrain, à Klina, dans l'ouest de la région. Principe de précaution à deux vitesses, évaluation du risque à géométrie variable selon les états-majors nationaux, mise en scène pour la galerie et les médias? Le message est pour le moins brouillé.

Sans parler de ces autres photos ou l'on voit des gamins en culotte courte jouer sur les tanks serbes détruits par ces obus à l'uranium appauvri: pas question de leur distribuer des combinaisons étanches, mais l'ONU a commencé à déposer des pancartes attirant l'attention sur les zones «pouvant contenir des métaux à toxicité résiduelle». L'entrée n'en est pas interdite, mais «déconseillée».

La seule chose qu'on a tendance à oublier dans toute cette affaire, c'est que les obus, d'uranium ou d'acier, ont une fonction bien spécifique, et même unique: c'est de tuer (si possible l'ennemi, c'est vrai). Et que la guerre n'est pas une promenade de santé.

Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.