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Un homme vivant dans un marché à New Dehli en Inde. Des millions d'Indiens vivent avec moins de deux dollars par jour.
© Bernat Armangue

Analyse

Les objectifs de développement durable, réalistes et nécessaires

Les prochaines années seront décisives en vue de la réalisation des ODD. Par-delà les doutes et les craintes, il y a tout à gagner à réussir le développement durable

Ce fut l’idée de génie de Kofi Annan: se saisir des commémorations de l’an 2000 pour proclamer à la face du monde huit «Objectifs du millénaire pour le développement» (OMD), à atteindre d’ici 2015. Du coup, les principaux enjeux du développement devenaient lisibles, tangibles et concrets. Les mécanismes de suivi, la transparence sur l’avancement des engagements ont permis une forte mobilisation et pression. Et les résultats positifs sont au rendez-vous. La faim recule, la grande pauvreté aussi.

Une même feuille de route pour tous

2015 approchant, une des tâches du sommet Rio + 20 de juin 2012 fut de définir la suite. L’option prise a été de passer d’Objectifs pour le développement à des Objectifs de développement durable (ODD). Avec pour mission d’être «concrets, concis et faciles à comprendre, en nombre limité, ambitieux, d’envergure mondiale et susceptibles d’être appliqués dans tous les pays compte tenu des réalités, des ressources et du niveau de développement respectifs de ceux-ci ainsi que des politiques et des priorités nationales».

Le changement est de taille: tous les pays sont concernés, au Nord comme au Sud, et par l’ensemble des thèmes de la durabilité. Et ce que l’Agenda 21 de Rio 1992 et le Plan d’action de Johannesburg 2002 énonçaient sur de longues pages (256 pour Rio 92!) fait place à une synthèse facilement accessible. Après un large processus de consultation, l’Assemblée générale des Nations unies a ratifié voici un mois les 17 objectifs et leurs 169 sous-objectifs.

Chacun sait que les prochaines années seront décisives, et pas seulement pour les enjeux du climat. Disposer d’une telle feuille de route n’est pas de trop pour guider les efforts, rappeler les priorités, faire contrepoids à une mondialisation désordonnée. Curieusement, au lieu d’applaudir ce tour de force qui redonne espoir et clarifie les contours d’un développement durable parfois difficilement saisissable, des craintes et des interrogations, qui s’étaient peu manifestées jusqu’alors, sont mises en avant.

Des objectifs interdépendants

La liste serait trop importante. Certes, elle est dense. Mais que peut-on décemment retrancher? Ces points forment un tout, ne font sens que par leurs interactions, renvoient de l’un à l’autre. Quand l’objectif 8 parle de croissance soutenue, de plein-emploi et d’emplois dignes, ce serait peu judicieux de ne pas mettre cela en relation avec les objectifs (n° 12) d’une consommation et d’une production responsables et durables, et d’une réduction massive des gaz à effet de serre (n° 13). Le développement durable c’est précisément faire ce travail sur les liens entre les choses, cette systémique qui seule rend compte du réel.

Mettre des priorités dans ce qui est déjà ultra-prioritaire serait vraiment détricoter une logique, une cohérence, déshabiller Pierre pour habiller Paul, alors que le pari est bien de réussir à accomplir l’entièreté de cette liste. Car mon tout représente, tout simplement, ce qu’il faut faire pour qu’une humanité en nombre croissant puisse vivre dignement sur cette Terre.

L’engagement est purement politique et moral, et resterait sans effet? Oui, même les textes juridiquement contraignants ne sont pas nécessairement appliqués. Malgré une Convention sur le climat en vigueur depuis 21 ans, dans l’intervalle les émissions mondiales de CO2 ont augmenté de 50%… Comme pour les droits humains ou la moralisation des multinationales, c’est à la société civile de s’approprier l’enjeu, de faire pression, de se mobiliser dans le monde tel qu’il est.

Repenser le financement

Quant au financement, certes 3500 à 5000 milliards de dollars par an, c’est beaucoup. Mais cela ne fait que 5% du PIB mondial. Et il ne s’agit pas nécessairement de toujours réclamer des fonds additionnels. Si les pays du Nord cessaient de subventionner leurs exportations agricoles (100 milliards de dollars par an) – même l’OMC le demande –, si on arrêtait de par le monde de subventionner la consommation et la production d’énergies fossiles (500 milliards), si on arrivait à lutter contre la soustraction fiscale comme l’OCDE le réclame désormais, on ferait vraiment du gagnant-gagnant. Et si on oriente l’investissement du secteur privé vers les objectifs définis, on ferait là aussi coup double. Pour les banques, on s’est tous saignés sans qu’on nous demande notre avis. La planète ne serait-elle pas elle aussi too big to fail? Alors sans hésiter signons pour les ODD. Il y a tout à gagner à réussir le développement durable.

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© Gabioud Simon (gam)