L’Union européenne et le Royaume-Uni ont convenu, en ce début de semaine de réouverture des frontières au sein de l’espace Schengen, de donner «un nouvel élan» aux négociations post-Brexit. Qui sont toujours dans l’impasse, doit bien constater l’Agence France-Presse (AFP). Le premier ministre britannique, Boris Johnson, a même pour objectif d’être fixé dès le mois prochain sur la possibilité d’un accord. Il veut établir une relation commerciale avantageuse avec le bloc européen à la fin de la période de transition, qui s’achève à la fin de l’année. Et c’est tout: lundi, c’était la déception générale. Pas d’avance, et pas de conférence de presse non plus: il n’y avait rien à dire.

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Ce n’est pas vraiment nouveau, car jusqu’ici les discussions n’ont pas permis de réelles avancées, alors que la date butoir approche à grands pas et, avec elle, le risque d’un «no deal» dévastateur pour des économies déjà très fragilisées par la pandémie de Covid-19. Autant dire qu’au-delà du «punch» auto-revendiqué par Boris Johnson, «c’est de l’habileté qu’il va falloir aux négociateurs pour convertir le volontarisme en véritable convergence», analysent Les Echos, qui s’attendent «à une grande partie de poker menteur pour les prochains mois».

Les deux camps sont déjà d’accord sur un point, mais cela ne présage encore rien de l’issue finale des discussions: il faut intensifier la cadence des discussions, qui auront lieu à un rythme soutenu durant tout l’été. Le calendrier est d’ailleurs plein pour juillet, avec des rencontres chaque semaine, tantôt à Bruxelles, tantôt à Londres, la plupart en comité restreint, pour avancer sur les dossiers les plus conflictuels. Et le Royaume-Uni a pris les devants en annonçant formellement, par le biais de son ministre d’Etat au Bureau du Cabinet, Michael Gove, dès le 6 juin, que «Londres ne demanderait pas de délai supplémentaire», indique Politico, cité par Touteleurope.eu. Mais, dit l’AFP…

… le vrai test devait avoir lieu ces prochaines semaines pour voir s’il existe un réel engagement, constructif, sur des objectifs communs

Le locataire du 10 Downing Street est pressé d’arriver à ses fins. Pour lui, «le plus vite sera le mieux, il n’y a pas de raison de ne pas y parvenir en juillet» et ne veut «pas voir cela continuer jusqu’à l’automne ou à l’hiver». «Cela.» Tout en assurant que les positions ne sont «pas si éloignées», malgré les divergences majeures persistant lors des dernières discussions. Une affirmation qui n’a pas manqué de surprendre ses interlocuteurs européens, estime encore Politico, qui explique que «si les dirigeants ont convenu que les négociateurs pourraient parvenir à «une compréhension rapide» des principes qui sous-tendent un accord, aucun plan de six semaines n’a été arrêté».

La principale des divergences? Les garanties de concurrence équitable en matière fiscale, sociale ou environnementale (le fameux «level playing field») exigées par l’UE et qui déplaisent fortement à Londres, comme le secrétaire d’Etat britannique au Commerce, Greg Hands, l’a rappelé sur la radio publique allemande, le Deutschlandfunk. Plus généralement, Boris Johnson entend refuser d’entrer dans «un système dans lequel nous continuons à suivre les règles européennes alors que nous sommes en dehors de l’UE», résument Les Echos.

«Semestre inútil»: sur ce point, El País, qu’a lu et traduit Eurotopics.net, écrit que Londres «a claqué la porte et demandé des privilèges. Sa position ne bouge pas d’un iota, ce qui porte à croire qu’elle ne tient pas à obtenir un accord. Si les Britanniques sont prêts à sacrifier leur économie sur l’autel de leur ardent patriotisme, cela ne regarde qu’eux.» La crise sanitaire l’affecte «encore plus durement que l’économie européenne», ajoute le Standaard belge: «Johnson peut-il aggraver encore la récession avec un Brexit dur? Certains affirment que cela ne ferait pas une grande différence, et que Johnson ne pliera donc pas.» Alors, «si le taux de chômage et le nombre des faillites devaient bondir» outre-Manche, «peut-être le bon sens influera-t-il sur le cours des choses».

«Un tigre dans le moteur»

Il y a aussi des chipotages sur le règlement des différends entre les deux parties ou sur la question explosive de l’accès aux eaux britanniques pour les pêcheurs européens. En attendant des jours meilleurs, aux yeux du négociateur en chef de l’Union, le Français Michel Barnier, la date limite pour un accord est le 31 octobre, afin de laisser le temps aux Etats membres et au Royaume-Uni de ratifier un traité sur la nouvelle relation, qui entrerait alors en vigueur le 1er janvier 2021. Le président du Conseil européen, le Belge Charles Michel, s’est dit pour sa part «prêt à mettre un tigre dans le moteur», mais pas à accepter un accord «les yeux fermés», «a pig in a poke»:

Bref, du côté de Bruxelles, on reste «nettement plus prudent face à la somme de points de friction encore en suspens», précise Libération. Mais que se passerait-il en cas d’échec? Les seules règles de l’Organisation mondiale du commerce, avec droits de douane élevés et contrôles douaniers, s’appliqueraient aux relations commerciales entre les anciens partenaires. Et comme l’OMC est elle-même en pleine crise de leadership et de gouvernance, tout le monde est d’accord pour dire que ce scénario n’est guère envisageable, même si l’impasse persistante entre Londres et les 27 le rend aussi possible que les métaphores animalières fleurissant sur le Net:

«Cela ne signifie pas pour autant que les discussions» de lundi «n’ont pas eu d’importance», nuance la BBC: «Après des mois de négociations qui ont bégayé et trébuché, les engagements publics pris par les hauts dirigeants pourraient insuffler un peu d’urgence politique, un peu de l’alchimie qui compte dans ce genre de négociations», espère-t-elle.

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Le Times de Londres rappelle d’ailleurs à ce propos que le libre-échange n’est pas l’enjeu le plus important des pourparlers, mais que ce sont la «collaboration transfrontalière des services de police, la lutte antiterroriste, le changement climatique, l’immigration et les relations avec la Chine et la Russie». Avec, en toile de fond, ce point tout aussi essentiel: «A une époque de tensions géopolitiques croissantes et avant une présidentielle américaine qui menace de peser encore plus sur l’ordre mondial, il n’a jamais été aussi important pour le monde occidental de faire bloc»…

… Cautionner qu’une faille se creuse entre la Grande-Bretagne et l’UE serait une grave erreur de leadership politique


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