On ressent un certain soulagement à voir la campagne présidentielle française se terminer enfin. Ces derniers mois, elle a passionné les médias jusqu'à l'obsession. Les candidats ont dépensé une énergie folle pour exposer leurs idées et leurs vertus personnelles. A la veille du vote décisif, il est temps d'esquisser un premier bilan.

De ce moment démocratique intense, certains beaux esprits ont dit qu'il était nul, car digne d'une élection luxembourgeoise ou suisse. C'est tant mieux: plutôt que de manier des concepts grandiloquents - ils l'ont quand même fait un peu - les aspirants au pouvoir suprême se sont affrontés sur des thèmes concrets en écho avec la vie quotidienne: l'emploi, le pouvoir d'achat, le logement, le fonctionnement de l'Etat. Les différentes facettes de la crise française ont été abordées, souvent sans tabous.

Des regrets subsistent cependant. Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy n'ont pas résisté à la tentation de promettre à tour de bras: lunettes et soins dentaires gratuits, aides aux pêcheurs et aux banlieues, protection de l'Etat contre les délocalisations... Aucun candidat n'a parlé clairement des souffrances qu'impliquera la mise en œuvre d'une politique de réforme. On reste là dans une conception un peu magique, miraculeuse, de l'action publique.

Autre regret: la discussion sur le chômage, fléau de la société française, a été peu détaillée. Comment la gauche financerait-elle ses 500000 «emplois tremplin»? Le contrat de travail unique de Nicolas Sarkozy est-il vraiment la panacée? Sur ces points, le débat n'a pas dépassé le stade des généralités.

Enfin, le sentiment domine que le Parti socialiste a manqué une nouvelle occasion de se moderniser. Avec Ségolène Royal, il disposait d'une candidate neuve, rafraîchissante, qui portait la promesse implicite d'une rupture avec la vieille gauche. Mais elle n'a pas pu, ou voulu, amener son parti à plus de réalisme économique, en modérant son goût des dépenses publiques et en le rendant plus conscient des impératifs de compétitivité internationale.

C'est une carence qui, dimanche soir, pourrait lui coûter cher.

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