Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Olivier Guéniat, défunt chef de la Police judiciaire, en conférence de presse lundi 24 mars 2014 au château de Neuchâtel.
© KEYSTONE/SANDRO CAMPARDO

Charivari

Olivier Guéniat n’avait pas le droit

Il y a deux semaines, le superflic neuchâtelois s’ôtait la vie. Notre chroniqueuse s’insurge contre cette démission, cet abandon

Légalement, le suicide n’est pas condamnable. Comment pourrait-il l’être? L’auteur de l’infraction est lui-même la victime. Mais, moralement, a-t-on le droit de s’ôter la vie? De priver les autres, ses proches, la société, d’une présence forcément unique et insolite? Des pages et des pages, religieuses et laïques, ont été écrites sur le sujet. A mon petit niveau, je cale ma réponse sur le degré de souffrance. Si une personne porte depuis toujours la vie comme un poids et n’arrive pas à voir ou même entrevoir la joie, elle a le droit, me semble-t-il, de tirer sa révérence.

Du point de vue chrétien, c’est un péché, parce que le suicidé se substitue à la volonté divine, mais du point de vue humain, cette décision paraît légitime, car fondée sur un constat prolongé d’impuissance. Prolongé, j’insiste. Se suicider alors qu’on est adolescent ou jeune adulte est une aberration. C’est confondre, souvent, une hébétude passagère liée à cet âge instable – on ne parle pas assez du gouffre des 20 ans – avec une inhabilité existentielle profonde et vérifiée sur la durée.

Lire aussi: La Toile fait ses adieux à Olivier Guéniat

Dans le cas d’Olivier Guéniat, on a le droit, je trouve, d’être en colère. De s’insurger contre ce départ prématuré qui a stupéfié la Suisse, le 15 mai dernier. Car, en plus d’être un ami, un fils et un collègue bienveillant, le policier neuchâtelois avait construit une œuvre qui l’inscrivait en profondeur dans la société. Ce superflic s’était fixé une mission, éclairer la chose sécuritaire de ses lumières – quelles lumières! – et cette mission lui conférait une responsabilité particulière. J’ai eu une fois l’occasion de le consulter pour un article sur la criminalité en baisse chez les adolescents. Je me souviens encore de sa vivacité d’esprit et de sa grande disponibilité. Je me souviens aussi de son commentaire chaleureux au sujet du papier. Tous les interlocuteurs n’ont pas cette générosité.

Lire aussi: Olivier Guéniat, la mort d’un flic humaniste

Je ne suis pas en train de prétendre que certains hommes valent plus que d’autres. Dans l’absolu, chaque être a sa singularité, contribue à sa manière, visible ou invisible, à l’équilibre planétaire. Mais certains individus s’imposent des agendas, accomplissent un parcours à part qui les implique plus profondément dans l’édifice collectif. Evidemment, cette mission ne les empêche pas d’avoir des fêlures ou des états d’âme. Je dirais même plus, cette mission peut provoquer ces fêlures et ces états d’âme. Mais, raison ou folie, on attend d’eux un courage et une résistance qui égalent la qualité de leur contribution. Et on leur en veut simplement de démissionner alors qu’ils donnaient tant à la société.


Nos précédentes chroniques

Paris, Nice, Manchester: la fin de l’insouciance

Tu t’appelles comment déjà?

Macron-micron, ou les bulletins les plus déjantés déposés dans les urnes françaises

Publicité
Publicité

La dernière vidéo opinions

Cannabis: adieu fumée, bonjour vapeur

Fumer, c’est aussi dangereux que has been. Pour profiter du goût et des effets du CBD sans se ruiner la santé, mieux vaut passer aux vaporisateurs de cannabis, élégante solution high-tech qui séduit de plus en plus de Suisses. Nous les avons testés

Cannabis: adieu fumée, bonjour vapeur

n/a
© Gabioud Simon (gam)