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On ne peut, aujourd’hui, qu’observer Kepler 22b mais on peut s’établir sur Mars. Allons y!

L’exoplanète Kepler 22b semble présenter des propriétés très proches de la Terre, susceptibles donc d’abriter la vie. Seul problème, prévient Pierre Brisson, elle est à 600 années-lumière, alors que Mars n’est «qu’à» quelques minutes

Tout le monde connaît à présent l’existence de l’exoplanète Kepler 22b, récemment découverte, un peu plus grosse que la Terre et située dans la zone habitable de son étoile (LT du 7 décembre). Elle serait donc une candidate de choix pour mener des recherches plus approfondies sur l’éventuelle présence de vie (à supposer qu’elle soit rocheuse). Voilà qui fait toujours rêver le grand public.

Notre association, Mars Society Switzerland, qui s’intéresse beaucoup à la recherche de la vie, ne boude pas une telle information, et ce pour plusieurs raisons. Une telle planète (toujours dans l’hypothèse qu’elle soit rocheuse) peut bénéficier, du fait de sa gravité, d’une atmosphère plus importante que celle de Mars; s’il est confirmé qu’elle est mieux située que Mars à l’intérieur de la zone d’habitabilité de son étoile (température moyenne de 22 °C), l’eau qui se trouverait à la surface serait plus souvent liquide que solide (glace) et constituerait un meilleur support pour la vie.

A contrario, Mars présente des conditions limites d’habitabilité: taille plus petite et donc gravité plus faible, intérieur plus «sec», plus rigide, et atmosphère ténue; enfin, une distance à l’étoile plus grande et donc une température moyenne plus froide.

Cependant, Kepler 22b se trouve à 600 années-lumière, Mars à «seulement» quelques minutes-lumière (entre 3 et 24). Les 600 années-lumière sont certes peu de chose en regard des dimensions de l’Univers mais ­posent un vrai problème d’approche, eu égard aux technologies dont nous disposons. Nos moyens d’investigation à la distance de 600 années-lumière sont évidemment très peu précis aujourd’hui, et l’accessibilité physique de Kepler 22b est nulle. Rappelons à cet effet que l’objet le plus rapide que nous ayons créé, Voyager 1, lancé par la NASA en 1977, et qui se trouve maintenant à la limite de l’héliosphère, a acquis une vitesse relative au Soleil de «seulement» 17,37 km/s (62 000 km/h) après avoir bénéficié d’une accélération considérable de Jupiter. Aujourd’hui, après 34 ans et 8 mois, cette sonde a effectué un voyage de 17,8 milliards de kilomètres. La lumière aurait parcouru la même distance en un peu plus de 16 heures.

Kepler 22b restera donc à l’avenir un objet astronomique extrêmement intéressant et nous pourrons peut-être un jour nous assurer de sa densité, de sa nature rocheuse ou gazeuse, analyser la composition de son atmosphère, mais Mars est ce dont nous disposons de mieux, aujourd’hui, pour étudier et comprendre un milieu susceptible d’accueillir la vie en dehors de la Terre et pour établir une première base permanente en dehors de notre planète.

Cette seconde proposition est souvent critiquée et même moquée car on se demande bien pourquoi y consacrer des sommes importantes. Cependant, nous pensons que l’établissement d’une base permanente sur Mars est le seul moyen de continuer l’étude de cette planète dans des conditions d’efficacité et d’économie que ne peuvent pas offrir les explorations robotiques et les explorations par vols habités avec retour intégral des équipages sur Terre.

Nous pensons aussi que la création et le maintien d’une telle base stimuleraient la recherche dans les technologies de pointe, ce qui aurait des retombées importantes pour le confort, voire la survie des habitants de la Terre (traitement des déchets et recyclage notamment). Par ailleurs, s’établir sur Mars de façon permanente serait un moyen d’affirmer le choix irrévocable de l’espèce humaine de se déployer hors de son berceau, la Terre.

Certains pensent que Mars sera toujours dans le ciel et que rien ne presse. Cependant, considérant les difficultés économiques et sociétales que nous connaissons, il n’est pas dit que nous aurons toujours les moyens ou l’envie d’entreprendre ce voyage.

Christophe Colomb s’est lancé à la découverte de l’Amérique avec des caravelles. Il n’a pas attendu la mise sur le marché de l’Airbus A380. A peu près à la même époque (vers 1430) l’empereur de Chine, Xuande, a rappelé son amiral, Zheng He, qui avait atteint les côtes du Kenya après avoir décidé de recentrer son intérêt sur le «centre du monde». Cette décision de repli sur soi a été l’amorce d’un déclin profond. A chaque époque, nous devrions toujours entreprendre ce qui est possible, seulement ce qui est possible mais tout ce qui est possible. Etudions donc Kepler 22b mais allons aussi sur Mars, maintenant!

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