Les causes de l’accident de la navette Spaceship Two restent pour l’heure très peu claires, voire contradictoires. La navette aurait explosé en vol selon les autorités américaines du National Transportation Safety Board (NTSB), et la structure même du vaisseau pourrait être en cause. Le Tages-Anzeiger parle, lui, d’un problème de freins. Quoi qu’il en soit, ceux qui avaient déjà leur ticket pour la grande aventure à plus de 230 000 francs la place, les Stephen Hawking et autres Justin Bieber vont certainement devoir encore patienter. Car la privatisation du secteur spatial vient de vivre «une semaine noire», selon l’expression de Courrier international.

Avec, d’abord, mardi matin, l’explosion de la fusée Antares relaté sur le site Space.com. Puis, vendredi, l’accident du vaisseau Spaceship Two de 350 millions de livres sterling [540 millions de francs] qui a sérieusement remis «en question le programme de tourisme spatial mené par l’entreprise Virgin Galactic» de sir Richard Branson (voir son blog). Lequel indiquait d’ailleurs «le mois dernier qu’il espérait emprunter le premier vol ouvert au public de sa navette, au printemps prochain», lit-on dans The Independent.

Un tenace

De toute manière, Branson a de la ténacité. Après la mort de son pilote, il dit avoir «toujours su que la route vers l’espace était extrêmement difficile» dans ses propos repris par le Times de Londres. Mais si l’espace est un environnement hostile, «il en vaut la peine»: «Nous allons persévérer et aller de l’avant ensemble.» N’empêche, «plusieurs experts analysent cet accident comme un désaveu pour la firme américaine, qui depuis dix ans accumule des retards de fabrication». Pour Marco Caceres, chercheur du cabinet spécialisé Teal Group cité par France Info, «on ne devrait pas voir de vols commerciaux de tourisme spatial l’an prochain et probablement pas avant plusieurs années».

Rappelons que «ce vol test, mené par la société Scaled Composites, partenaire de Virgin Galactic, devait examiner un nouveau carburant constitué de billes solides», indique le New Scientist. Même si «la grave anomalie survenue pendant le vol» n’a pas encore été caractérisée, il semblait bien, peu après le drame, «que l’accident soit le résultat d’un problème de combustion, d’après les témoins ayant assisté au vol». Pour le site Marginal Revolution, il est ainsi clair que «l’heure n’est pas encore au tourisme spatial».

Evitable?

Pire: l’accident aurait peut-être pu être évité, selon les informations tombées dimanche soir, que résume La Libre Belgique. Celle-ci cite notamment le Daily Telegraph, avec les avertissements qu’y a exprimé Carolyne Campbell, experte au sein de l’Association internationale sur l’avancement de la sécurité de l’espace (IAASS). «Cette explosion n’est pas une surprise. Je suis désolée de dire que c’est exactement ce à quoi je m’attendais. C’était la roulette russe», a commenté la scientifique.

«En 2007 déjà, Carolyne Campbell avait signalé un problème concernant le protoxyde d’azote, utilisé dans le moteur, au lendemain d’une catastrophe qui avait coûté, cette année-là, la vie à trois ingénieurs lors d’un test au sol de la fusée. En 2010, l’experte lançait un nouvel avertissement: «Nous ne sommes pas confiants. Nous ne pensons pas connaître assez le protoxyde d’azote pour le considérer comme sûr pour un vol avec des passagers.»

«Des conneries»

Et puis ce n’est pas une première: la revue scientifique rappelle justement qu’«en juillet 2007, trois ingénieurs avaient été tués, et trois autres sérieusement blessés par une explosion, lors d’un test» sur le carburant. Alors le site Slate.fr ne peut réfréner un certain énervement et titre: «Et si on arrêtait avec le tourisme spatial?» Cet accident «devrait encourager une réflexion critique sur ces projets et à tout le moins bloquer tout financement public et inciter les agences chargées de la sécurité à considérer les risques qu’ils peuvent faire courir aux passagers et aux citoyens en cas de crash au sol», écrit pour sa part Libération.

Car «cela ne vaut pas la peine qu’on meure pour le tourisme spatial», renchérit Wired: «On va vous parler de Grands Pas Pour l’Humanité et de Bravement Aller Où Personne N’Est Jamais Allé. Et il est nécessaire de dire que ce sont des conneries. […] Virgin Galactic est en train de construire le train fantôme le plus cher du monde, la version spatiale du caviar Beluga. […] Ce pilote n’est pas mort pour l’espace mais pour un fournisseur de services de luxe. Sa mort ne nous rapproche pas de Mars, elle éloigne juste des gens riches de l’apesanteur et d’une vue magnifique.»

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