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Victor Hugo est un bobo bisounours.
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Opinion

«On ne peut plus rien dire», et pourtant on ne fait que ça 

OPINION. Les «libres penseurs» s'acharnent à dire «qu'on ne peut plus rien dire». Pour la militante féministe Coline de Senarclens, le «politiquement correct» est devenu un vocable de combat bien utile aux tenants de l’ordre établi pour inverser les rôles, et se faire passer pour les victimes 

C’est bien simple, on ne peut plus rien dire. D’ailleurs, on le dit à toute heure de grande écoute, dans les médias où les libres penseurs ont pignon sur rue. Ils nous rappellent à peu près dans tous les éditos que la liberté d’expression est morte, que les féministes et les antiracistes sont politiquement correctes, et que la bien-pensance tue l’art (la «bien-pensance», oui car si on ne doit pas innover en termes de langage inclusif, pour inventer des concepts fumeux, là, il faut pas se gêner).

Lire également: On ne peut plus rien dire! Vraiment?

Le magicien d’Oz, Gandalf et Dumbledore n’auraient pas pu le faire, mais ces types-là ont réussi un tour de passe-passe fabuleux, faire passer tout ce qui est discours contestataire et qui remet en question l’ordre établi comme conformiste. Parce que c’est bien ce que cela veut dire, «politiquement correct». Et les conservateurs qui s’autoproclament libres-penseurs (de la libre-pensance?) sont des rebelles. Ben voyons.

L’ordre établi se fait vieux

Petit rappel. L’ordre établi se fait vieux. Le pouvoir de l’église est tombé depuis un moment, la colonisation vit des heures sombres, et même le droit de cuissage devient compliqué. C’est le fait de 200 ans de remises en question, portées par des intellectuels, des militants, des gens qui n’ont pas toujours eu la vie facile, qui ont souvent fini en prison ou ont été tués. En gros, les dominants ont vu leur statut remis en question et avec lui tous les outils de maintien de leur système: les lois, le monopole dans la création de savoir, dans les médias, dans l’économie, etc. Ça a été d’une efficacité toute relative si on regarde l’état de la société aujourd’hui, mais c’est un fait, il existe désormais un vrai contre-discours.

Ces hommes (et malheureusement ces femmes) appartiennent à la classe politique conservatrice, ils représentent les gardiens de l’ordre établi, et c’est nous qu’ils font passer pour les bien-pensants

On leur met des bâtons dans les roues. Et ils n’aiment pas. Avant c’était que de la descente mais depuis un moment, ils doivent, eux aussi, suer un peu. (J’entends, c’est vrai, on a même l’audace de remettre en question leur droit à nous accoster dans la rue. Ils doivent beaucoup souffrir. Sans parler du langage épicène qui leur donne des boutons. Non vraiment, c’est pas facile tous les jours d’être un dominant.)

Tatouez-vous UBS sur l’épaule

Résumons. Ces hommes (et malheureusement ces femmes) appartiennent à la classe politique conservatrice, ils représentent les gardiens de l’ordre établi, ils prêchent pour le maintien de tout ce qui le constitue et dénoncent sans relâche tout ce qui ressemble à une progression, et c’est nous qu’ils font passer pour les bien-pensants. Du coup, être antiféministe et raciste serait contestataire. Par contre, prendre des risques artistiques et iconoclastes, en modifiant la fin de Carmen, c’est politiquement correct. On applaudit d’une main (quel talent) le courage avec lequel certains disent tout haut ce que tout le monde pense tout bas, pendant qu’on harcèle de l’autre les novateurs, mais ouin ouin on peut plus rien dire. A la bonne heure, et Victor Hugo est un bobo bisounours.

Je fatigue, il est vrai, de les voir se gausser collectivement sur notre correction politique et collecter des fleurs pour avoir le courage de tenir de tels discours. Ils pensent désobéir alors qu’ils nagent paisiblement dans le sens du courant, pendant que je me fais troller jusqu’à mon domicile pour tenir des discours, pourtant tellement dans l’air du temps. C’est bien, tatouez-vous UBS sur l’épaule et embrassez des filcs, vous êtes vraiment des dissidents.

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