La nouvelle vidéo promotionnelle de l’Union démocratique du centre accumule désormais près de 645 000 vues. C’est vrai qu’assister à la taille du propre gazon de Christoph Blocher par l’intéressé lui-même, à coup de ciseaux à ongles, sur fond de musique électronique des années 90 relève de la double jouissance oculaire et sonore. A moins que ce ne soient les danseuses aux poitrines saillantes (mais à la chorégraphie hasardeuse) qui aient excité les compteurs de YouTube.

Sur ces centaines de milliers de vues, je dois plaider coupable, étant responsable de l’avoir visionné une trentaine de fois. Mais que voulez-vous. La vidéo est aussi désopilante qu’un humoriste nord-coréen et ses protagonistes ne manquent pas d’auto-dérision. A l’image du conseiller national zurichois Thomas Matter qui subtilise une petite culotte d’une machine à laver ou celle du conseiller fédéral Ueli Maurer, qui chevauche une bicyclette avec pour figure de proue, un FA-18 Hornet. Comment résister à l’humour décapant de cette allègre bande de turlupins?

Dans ce flot d’intervenants, l’un d’eux a retenu toute mon attention. Il s’agit de Thomas Aeschi, conseiller national zougois. Acteur-né à en croire sa prestation, l’élu UDC s’offre une rasade de kirsch avant que sa tête ethanolée ne s’écrase de son poids sur une table de jardin. Une première réaction fut de douter de la résistance physiologique de l’élu à l’eau-de-vie qui titre à 41% (j’ai vérifié!). Mais une étude minutieuse de la saynète permet de sauver l’honneur de l’intéressé: ce n’est pas du côté de la cerise qu’il faut chercher le coupable de son évanouissement, mais bien de celui du contenu d’une étrange fiole, étiquetée «K.O.-Tropfen». Autrement dit: GHB ou drogue du violeur.

«Non. L’UDC n’aurait pas osé faire ça?» me suis-je dit dans un élan de naïveté. Et bien si. Elle s’amuse apparemment, et sans beaucoup de pudeur, de l’affaire qui a opposé la députée zougoise Jolan Spiess-Hegglin à son homologue UDC Markus Hürlimann. L’écologiste l’avait accusé de l’avoir droguée avant d’abuser d’elle. La justice n’avait finalement retenu aucune charge contre lui, qui avait répliqué par le dépôt d’une plainte pénale pour calomnie.

Je ne sais que retenir de l’humour des démocrates du centre. Ils diront peut-être que la femelle l’avait bien cherché. Ou qu’il ne s’agit que de l’histoire d’une députée aguichante qui n’a assumé ni l’alcool ni son flirt avec l’ennemi. Je dirai plutôt que cela en dit long sur le respect de l’UDC vis-à-vis d’une affaire sordide impliquant une mère de trois enfants.

Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.