On n’apprend jamais rien. Et c’est pourquoi la Suisse pourrait bien s’acheminer le 17 mai prochain vers un vote de repli et de rejet. Un nouveau 9 février 2014, lorsque la Suisse accepta l’initiative «Contre l’immigration de masse». Le doute a subitement fait irruption en ce mardi matin, avant même que la ministre de la Justice, Karin Keller-Sutter, lance la campagne contre le nouveau texte de l’UDC qui propose une «immigration sans libre circulation des personnes». Avant même que la ministre n’en appelle à la formation d’un front du refus, l’unité partait en éclats.

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Dans le quotidien Blick, Petra Gössi, présidente du PLR, venait d’exprimer son exaspération devant la lenteur des partenaires sociaux à trouver un compromis sur la protection des salaires dans les limites de l’accord-cadre, ou accord institutionnel, négocié avec l’UE. Et de poser un ultimatum aux syndicats et aux organisations d’employeurs. Et d’exiger: «Les partenaires sociaux doivent présenter leurs propositions au Conseil fédéral avant fin avril au plus tard». Ce qui a fait bondir le président du PSS Christian Levrat sur les réseaux sociaux: «On ne peut pas avoir plus de toupet… un grand jeu de «Schwarzpeter» indigne et dangereux». Allusion au torpillage par le PLR du compromis trouvé entre syndicats et employeurs pour la réforme des retraites. Le président du PDC, Gerhard Pfister, s’est agacé à son tour face à l’ultimatum de la présidente radicale: «Le PLR ne pouvait pas être plus maladroit». On n’énerve pas les joueurs avant le début du match.

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C’est que pour faire barrage à l’UDC le 17 mai, la ministre de la Justice, qui doit faire avec un Conseil fédéral vacillant et un ministre de l’Economie sous l’emprise de son parti, a besoin de l’union de tous les partisans de la voie bilatérale. Sans arrière-pensée. En 2014 les partenaires sociaux n’étaient pas parvenus à s’entendre avant la votation sur les mesures d’accompagnement à la libre circulation des personnes. Cela avait nourri des craintes chez les salariés. D’où l’hommage insistant de la ministre envers «l’alliance des forces qui se sont engagées pour les accords bilatéraux, partis, syndicats, employeurs». Et son insistance à bien faire la distinction entre l’échéance du 17 mai et les discussions autour de l’accord institutionnel. Une discrète remise au pas de sa présidente de parti, Petra Gössi. Peut-elle au moins compter sur le soutien sans réticences des syndicats? On le croyait.

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Jusqu’à ce qu’au journal TV de 19h30 on entende le président de l’Union syndicale suisse, Pierre-Yves Maillard. S’agissant de la libre circulation et des mesures d’accompagnement, selon lui, «il n’y a pas que du bon, puisqu’il y a forcément un élargissement du marché du travail, la concurrence sur la place de travail est plus forte, les salaires stagnent et n’ont pas suivi le coût de la vie». Le téléspectateur, lui, a attendu en vain l’engagement du patron de l’USS contre le texte de l’UDC. Peut-être l’a-t-il fait. Mais derrière notre écran on n’en a rien su ce soir-là. Ne retenant de la journée que confusion, réticences mentales et petits calculs politiques. Le 17 décembre 2013, devant les médias, les chefs de six partis tentaient de présenter un front uni face à l’initiative «Contre l’immigration de masse». Sans solution commune. Le PS, lui, avait choisi de mener sa propre campagne. On connaît la suite. Personne n’apprend jamais rien.


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