Quelque part entre le pont Charles-Galland et le pont Charles-Galland croupit un vieux musée très sale. Une ruine à laquelle les Genevois ont refusé d'offrir une nouvelle jeunesse le 28 février dernier. Parce que l'eau de jouvence était trop fraîche ou l'arroseur trop sulfureux, peu importe. Nous l'avons déjà regretté bruyamment, nous avons déjà pleuré à chaudes larmes, inutile de refaire le match (n'en déplaise à Eugène Saccomano).

Par égard pour nos glandes lacrymales, la Ville de Genève a posé cette semaine le cadre du match retour, pour filer une métaphore de saison. En changeant un peu les règles: exit l'architecte vedette, exit le mécène levantin, exit la verrière de la discorde, place au propos muséal. La muséographie avant l'écrin, le contenu avant l'enveloppe. Habile redéploiement tactique confié à ce qui se fait de mieux sur la planète Musée.

Un duo d'entraineurs suisses, Jacques Hainard et Roger Mayou, quelques stars étrangères recrutées en France ou aux Pays-Bas, une petite touche suisse-alémanique pour la rigueur: sur le papier, un collectif solide et des bases saines pour préparer le grand rendez-vous de 2018 (Pierre-Alain Dupuis, sors de ce corps). A moins que tous les joueurs du dimanche – qui sont comme chacun le sait autant de stratèges en puissance – ne décident de s'inviter sur le terrain. Certains ont d'ailleurs déjà chaussé leurs crampons.

En pointe, l'ingénieur et architecte Daniel Fortis et son projet d'édifice-symbole sur une butte de l'Observatoire réenchantée. Sur l'aile, l'architecte Vincent Mangeat et son ambitieuse extension dans un parking Saint-Antoine réaffecté. En appui, encore un architecte, Daniel Rinaldi, chargé par les radicaux de l'immobilisme de «plancher sur des scénarios» («Pour que les choses ne traînent pas», vient d'oser l'ancien président de Patrimoine Suisse Marcellin Barthassat, comme pour démontrer qu'il n'a vraiment peur de rien).

Les supporters malheureux du 28 février devraient se réjouir devant une telle abondance de bonnes volontés. Mais ils ont encore de la peine à s'enflammer. Parce qu'ils pressentent que tous ces égos adorent se détester. Parce qu'ils savent que tous ne seront pas sélectionnés. Et surtout parce qu'ils connaissent, pour l'avoir mesurée pendant le match aller, la capacité de nuisance de ceux qui resteront sur le banc. Le Miracle de Genève est encore loin.

Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.