Editorial

Et si on relevait le défi de la sortie volontariste du nucléaire?

La fin de l’atome en Suisse approche. La votation de mai 2017 sur la Stratégie énergétique 2050 également. Un oui le 27 novembre à l’initiative «Sortir du nucléaire» peut participer à accélérer la modernisation de l’approvisionnement énergétique

Il y a longtemps qu’on n’a plus vécu une campagne aussi empreinte de nervosité et d’intimidations que celle qui entoure l’initiative «Sortir du nucléaire». Pourtant, le vote du 27 novembre est moins essentiel pour l’avenir du pays que celui qui suivra le 21 mai 2017, lorsque l’on votera sur la Stratégie énergétique 2050, car c’est elle qui fixera les conditions du développement des ressources renouvelables et de l’hydraulique.

L’enjeu du 27 novembre paraît plus financier qu’énergétique. La chute brutale des prix de l’électricité a mis les producteurs dans une situation embarrassante. Ils perdent de l’argent et ont d’ores et déjà annoncé des demandes de dédommagement démesurées au cas où l’initiative serait acceptée. N’en déplaise aux antinucléaires, il ne fait aucun doute que les propriétaires des centrales auront droit à des indemnisations. L’Office fédéral de la justice l’a démontré de manière claire.

Mais on se prépare à un éprouvant bras de fer juridique pour déterminer la portée et l’ampleur des compensations financières. Cette perspective rend Doris Leuthard nerveuse. Car, derrière les propriétaires des centrales, il y a les cantons. Axpo appartient à ceux du nord-est, principalement Zurich. Ils ont un intérêt évident à transmettre la facture à la Confédération.

Faut-il se laisser impressionner par les prétentions démentielles d’Axpo et Alpiq? Non. L’inévitable litige qui opposera leurs actionnaires à la Confédération aboutira immanquablement au Tribunal fédéral. Laissons donc cette question sur le terrain juridique.

Pour le reste, il faut voir la réalité en face: la fin du nucléaire en Suisse se rapproche à grands pas. Sous l’impulsion de sa directrice, les BKW ont déjà annoncé qu’ils allaient débrancher Mühleberg, une décision qu’Axpo aurait aussi dû prendre pour Beznau. Mais, comme l’explique le conseiller national Roger Nordmann dans une intéressante analyse économique, l’actionnariat très complexe du groupe argovien – la remarque vaut aussi pour Alpiq – entrave son processus de décision.

La Stratégie énergétique 2050 est essentielle, ambitieuse, exigeante et nécessitera l’engagement de tous. Y compris des associations de défense de l’environnement, qui devront perdre l’habitude de déposer des recours discutables, comme à la Vallée de Joux (le peuple les a désavouées) et au Grimsel (ce cas sera tranché par le Tribunal fédéral).

Face au référendum lancé contre ce programme par l’UDC et des pronucléaires acharnés, face au jeu trouble d’Axpo, un oui à l’initiative «Sortir du nucléaire» peut doper, accélérer la modernisation de l’approvisionnement énergétique. L’initiative a un important inconvénient: son calendrier et la pression qu’il exerce sur le réseau. Mais l’expérience de celle sur l’immigration montre qu’il est possible de trouver des accommodements politiques lorsque cela s’avère nécessaire.


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