Nouvelles frontières

Mais pourquoi ont-ils assassiné Kim Jong-nam?

Le demi-frère aîné du leader nord-coréen a été empoisonné dans un lieu public. Son ami genevois évoque une piste

Kim Jong-nam, demi-frère du dirigeant nord-coréen Kim Jong-un, a été assassiné par une dose infinitésimale d’un poison connu sous le nom de VX, classé par l’ONU comme une arme de destruction massive. L’information révélée vendredi par la police malaisienne, dix jours après la mort énigmatique du premier fils de Kim Jong-il, semble accréditer la thèse d’une opération de liquidation commanditée par Pyongyang. Seul un Etat peut en effet détenir un tel poison. La Corée du Nord posséderait le troisième plus important stock d’armes chimiques au monde, dont le fameux VX, un neurotoxique dix fois plus puissant que le gaz sarin.

Voilà une bonne décennie que Kim Jong-nam vivait en exil avec pour base principale Macao. Pour autant, il ne se présentait ni comme un dissident, ni comme un transfuge. Pékin lui fournissait un asile, mais il ne se privait pas de voyager régulièrement, y compris en Suisse, un pays qu’il connaissait parfaitement pour y avoir étudié durant plusieurs années à l’instar de son petit frère. Si Kim Jong-un fréquenta l’école publique bernoise, Kim Jong-nam le devança dans une école privée internationale genevoise. Ces deux dernières années, il était revenu à plusieurs reprises à Genève, comme en a témoigné l’un de ses amis d’enfance dans le journal britannique The Guardian. Sur une photo récente, on peut voir Kim Jong-nam posant apparemment depuis une chambre de l’hôtel des Bergues, avec le pont du Mont-Blanc au second plan.

Homme sans ambition

Pourquoi Kim Jong-un aurait-il décidé d’éliminer son demi-frère, un beau jour de février 2017, à l’aide d’un stratagème aussi raffiné que loufoque – deux femmes appliquant sur le visage de leur victime un tissu enduit de poison dans le hall d’un aéroport avant de s’enfuir? Kim Jong-nam représentait-il désormais une menace? Rien ne le laisse supposer. Kim Jong-nam avait été écarté comme possible dauphin du régime il y a une quinzaine d’années de cela, après une escapade à Disneyland au Japon. Jamais, depuis, il n’avait contesté cette relégation. Tout juste a-t-il osé critiquer dans un journal japonais, au moment de la mort de son père, fin 2011, la logique dynastique perpétuant un pouvoir autoritaire voué à disparaître.

Kim Jong-nam était-il l’homme de réserve de Pékin pour le jour où la Chine voudrait se débarrasser du leader nord-coréen s’il lui prenait de contester frontalement sa tutelle? L’explication paraît plausible. Kim Jong-nam conservait l’estime d’une vieille garde, notamment au sein de l’armée, même s’il passe pour un inconnu dans son pays. Le caractère divin du pouvoir nord-coréen (le fondateur du régime et arrière-grand-père de Kim Jong-nam, Kim Il-sung, se présentait comme le fils de la montagne sacrée Paektu) donne par ailleurs à l’aîné des fils une préséance à laquelle il aurait à nouveau pu prétendre en cas de contestation au sein même du pouvoir à Pyongyang. Mais en quelques années, Kim Jong-un est parvenu à prendre le contrôle de l’ensemble des leviers du pouvoir en opérant des purges parfois spectaculaires comme avec son oncle Jang Song-taek, exécuté au terme d’un procès mis en scène.

Pour plaire au roi

Alors pourquoi? L’explication la plus éclairante est donnée par l’ami genevois de Kim Jong-nam, Antony Sahakian. Selon lui, Kim Jong-nam n’a jamais été intéressé par le pouvoir, mais il se savait menacé, et se montrait très inquiet pour sa sécurité: son importance politique en faisait une cible. Plusieurs scénarios sont possibles pour expliquer sa mort, mais Antony Sahakian privilégie toutefois une théorie: celle d’un général flagorneur qui aurait pris l’initiative de tuer pour offrir un cadeau à son leader. «Dans la paranoïa qui règne (à Pyongyang), afin de plaire au roi, quelqu’un est allé trop loin.»

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