Conférence de conciliation

Les opposants à la loi contre l’homophobie avancent masqués

OPINION. Le parlement a décidé de compléter le Code pénal pour proscrire la discrimination fondée sur l’orientation sexuelle. Des opposants annoncent un référendum, mais ils n’assument pas tout à fait leurs intentions. C’est à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle pour notre chroniqueuse

Pénaliser l’homophobie: le but de la loi du 14 décembre 2018 est simple et clair. Il s’agit de rendre punissables les actes discriminatoires et les appels à la haine fondés sur l’orientation sexuelle. Ou pour le dire autrement, de leur étendre le dispositif applicable pour le racisme, accepté en votation populaire il y a vingt-cinq ans. Une évidence alors que, par exemple, 80% des hommes homosexuels rapportent avoir été victimes de violence liée à leur identité une fois dans leur vie.

Sur le blog de Suzette Sandoz: Aura-t-on encore la liberté de s’opposer au mariage pour tous?

Les opposants viennent de sortir du bois, mais avancent masqués. En lançant un référendum contre cette modification, pour quoi se battent-ils? Ils évoquent la possibilité de discuter tranquillement de tous les sujets sans être gênés par le Code pénal, et bien évidemment la liberté d’expression. Leur coordinateur s’inquiète même soudainement de la possible inégalité de traitement avec toute autre personne susceptible d’être discriminée en raison de son appartenance à un groupe donné – comme «un handicapé, une personne âgée, ou même un réfugié». (On appréciera le «même».)

La décision des Chambres: L’homophobie sera interdite comme le racisme

Il n’est pas interdit de penser qu’en réalité, la nouvelle norme pénale donne à ces référendaires les mêmes maux de ventre que ceux qu’inspirait l’article antiraciste à un certain conseiller fédéral UDC zurichois non réélu. Considérant l’orientation sexuelle comme un choix délibéré, ils ont un respect de façade pour ceux qui ne correspondent pas à leur standard. Mais ils leur lancent aussi une sympathique injonction: celle d’assumer ce choix, comprenez bien, y compris lorsqu’il est critiqué haineusement.

Rappel historique: De Turquie, Christoph Blocher sème la colère (05.10.2006)

D’une certaine façon, l’impossibilité de revendiquer aujourd’hui un droit à la discrimination homophobe est déjà une victoire. Dans le débat public, devant l’opinion, ce référendum n’ose pas dire son vrai nom. Les quelques groupuscules qui le portent ne font finalement que défendre un peu honteusement leur détestation traditionnelle d’une minorité au nom, hélas, de convictions chrétiennes.

C’est une bonne nouvelle, et en même temps cela pourrait aussi favoriser l’aboutissement du référendum: le droit de haïr, désormais, se fait discret dans l’arène politique. Aux argumentations obscures de référendaires obscurantistes, il faudra opposer un débat éclairé. En démocratie, c’est quand même mieux.


Chronique précédente

Lutte contre l’inflation législative: quand la simplification justifie le simplisme

Publicité