Charivari

Osez vous reposer!

OPINION. Trop, trop, trop. De travail, de monde, d’infos. Avant de mourir par saturation, il faut savoir dire non, supplie notre chroniqueuse qui, elle aussi, vise le moins

Finir une journée de travail sur les rotules. Prendre le train. Il est bondé. Faire les courses dans un supermarché lui aussi saturé. Caler ses sacs tant que bien que mal sur le dos à défaut de porte-bagage sur le vélo. Se presser pour nourrir la smala. Mais aussi penser à appeler sa mère pour voir comment elle va. Et organiser l’arrivée de la belle-famille à Pâques. Et envoyer ce courrier urgent. Et rappeler cette amie dont le fils décroche scolairement. Et penser à remercier le concierge, ce sauveur qui nous dépanne chaque fois qu’on oublie ses clés. Et, ah oui, c’est vrai, régler aussi cette histoire de lavabo bouché. ET, ET, ET…

Je veux descendre…

La vie est un manège permanent dont beaucoup aimeraient descendre de temps en temps. Faire une pause, souffler. Car, avec le sport, les sorties et les amis, le week-end ressemble encore à un tourbillon infini. D’autant que notre esprit ne gère pas uniquement cette part privée. Consciemment ou non, on s’inquiète pour la France fracturée, dont les élites n’ont pas su – ou voulu – valoriser la base. On se demande si ce fichu Brexit va enfin connaître une issue. On compatit avec Gaza et le Yémen, étranglés et affamés. On redoute encore des attentats meurtriers, des catastrophes naturelles, une planète qui court à sa perte. Alors on mange et on s’habille «conscient», mais ça complique encore les achats de la fin de journée. Et, au restaurant, se renseigner sur la provenance de chaque aliment n’est pas un prélude idéal au délassement…

Freiner l’invasion…

Ça suffit. L’être humain n’a pas été conçu pour traiter tous ces flux. Quand mes enfants étaient petits, je n’avais pas la télévision et n’allumais pas la radio. Je sais, pour une journaliste, c’est paradoxal, mais la violence de l’information est moins vive lorsqu’on la lit dans les journaux. De plus, je me disais que si je cuisinais en silence, les enfants viendraient me parler. Ce qui est arrivé. Freiner l’invasion est déjà une option. Ce n’est plus assez. Il faut travailler moins et mieux. Moins de jours, mais des jours de qualité. Et travailler de chez soi, quand c’est possible, pour s’alléger.

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Tout cela n’est encore rien si on ne réduit pas le rythme intérieur. La clé, elle est là. Se dire: j’ai le droit de souffler, et souffler vraiment, profondément. Se dire: j’ai le droit de regarder un bourgeon nouveau-né, et le regarder vraiment. Ce choix, de se remettre au centre d’un monde de sensations tel que le préconisait Albert Camus, on l’a. On l’a tous, toujours, à chaque instant, qu’on soit manœuvre ou indépendant. Aucun patron, aucune autorité ne peuvent empêcher cette prise de liberté du dedans. D’ailleurs, ce n’est plus un choix de vie, c’est un choix de survie, non?


La chronique précédente

Le bruit des autres, ennemi public numéro un

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