Je reviens d’Ostende et j’ai l’esprit en pente douce. Ostende, vous connaissez? C’est cette station balnéaire flamande qui semble arrêtée dans le temps. Ce front de mer très construit, mais dans des styles allant des années trente aux années soixante qui prêtent au tout un air délicieusement suranné. On peut marcher des heures sur le sable clair, ramasser des coquillages zébrés et se laisser lécher par une mer ambrée qui vient mourir à nos pieds. Tout dépend des cieux évidemment. Samedi dernier, le temps était laiteux. Aucun de ces vents fous et forts de la mer du Nord, mais une sorte de jour blanc qui donnait aux promeneurs des airs d’enfant. Nul besoin de lutter contre les éléments. Chacun pouvait se laisser câliner par un soleil pâle et une écume douce roulant sur les vagues comme un rab de crème fouettée.

C’est un rituel à Bruxelles. Dès que j’arrive à la gare centrale, je m’offre une gaufre, avec, allez, dis, une bonne lampée de crème fouettée. C’est chaud et frais à la fois, surtout, c’est magnifiquement beurré et sucré. Dans le bus 71 qui mène aux Etangs d’Ixelles, mon plaisir fait plaisir et les passagers me sourient. Tellement cliché, la gaufre belge, mais tellement divin! Et comme un bonheur ne vient jamais seul, sur la place Flagey, notre point de chute, se tient la meilleure baraque à frites de la ville… Mais je n’ai encore pas parlé du stoemp (patates écrasées avec boudins ou saucisses grillées), des beignets de crevettes grises, de la bière ambrée ou de la vaste palette des pralinés. Oh yeah.

Je reviens d’Ostende, de Bruxelles, de Mons aussi, dont la collégiale Sainte-Waudru est à tomber, et, avec toutes ces bonnes choses, je rechigne un peu à rentrer. C’est qu’hier, j’ai drôlement atterri. Mon fils, étudiant en sociologie, m’a appris que la cellulite avait été inventée. Oui, Mesdames, jusque dans les années trente marquées par le surgissement d’une massive lipophobie, la peau d’orange était un attribut féminin sans drame à la clé. Les capitons, on les avait pareil aux cuisses et aux fesses, mais personne ne les sanctionnait. Le terme fait sa première apparition en février 1933 dans «Votre beauté», un magazine de mode, et depuis, des centaines de machines et de méthodes ont été inventées pour éradiquer ces honnis «grains de nodosité». De là à dire que c’est un marché…

Je reviens d’Ostende et je vais y retourner. Manger des moules à la crème, ramasser des coquillages zébrés et regarder les vagues qui roulent sur le sable sans se soucier de nos sornettes siphonnées.

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