Conférence de conciliation

Ouf, le foie gras est sauvé…

OPINION. Les initiatives agricoles ont provoqué un débat qui manquait cruellement de légèreté, porté par les ambitions hygiénistes de certains militants de la cause écologiste, selon notre chroniqueur

La guerre du foie gras n’aura pas lieu. Dimanche, dans son habituelle sagesse, le peuple a rejeté deux initiatives populaires qui entendaient régir l’agriculture par des plans quinquennaux et un nouveau catalogue de barrières douanières. Les derniers temps de campagne auront été égayés par une énième polémique sur le foie gras.

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Il y a quelques jours, j’ai commis un petit tweet. En mode troll: si l’initiative dite «Fair Food» interdisait l’importation du poulet en batterie, le foie gras suivrait le même sort, oh misère.

Le «team premier degré» a sauté sur l’occasion, trop belle pour la tribu de SJW (social justice warrior, les combattants de la justice sociale) qui peuple Twitter. J’ai été submergé d’une avalanche de moqueries et d’injures, plus ou moins drôles. Même ce qu’il reste du Matin s’est entiché d’en parler, plusieurs fois, sous la plume du fougueux Eric Felley. Provocateur comme trop souvent, je ne l’ai pas volé, je vous l’accorde.

Alors oui, cette histoire est un détail. Une anecdote. Elle révèle toutefois les vraies ambitions des militants du Bien. Le foie gras n’étant pas un produit de première nécessité, rien ne s’opposerait à son interdiction. Pire! Il serait l’expression vulgaire de l’étalement indécent des fortunes bourgeoises. Carrément. Quelle tristesse que cette vie promise faite d’austérité et de culpabilité. Où l’on n’y mange que ce qui nourrit. Où les petits plaisirs de la vie sont rangés dans la catégorie des pêchés interdits. Immoraux aujourd’hui, illégaux demain.

Je ne suis pas le seul à aimer le foie gras. Ils sont nombreux, mes compatriotes, à le manger en cachette, un peu honteux. Il faut dire qu’on en importe 250 tonnes chaque année. Excusez du peu. Ça fait même un peu trop pour affirmer qu’il est réservé à l’élite turbo-libérale et nantie. La lutte des classes devra se jouer sur un autre terrain.

Aujourd’hui, le peuple a classé le dossier. Nous restons libres d’avaler le foie malade des oies françaises. C’est vilain. Mais c’est bon. Peut-être que l’on en reparlera. Si les arguments de la cause animale touchent de plus en plus de personnes qui renoncent aux produits issus de maltraitance, force est de constater que les Suisses sont de plus en plus gavés des initiatives populaires moralisatrices.


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