Voter oui au Fonds pour les routes nationales et le trafic d’agglomération (Forta) est un acte de cohérence. En 2014, le peuple et les cantons ont accepté d’inscrire dans la Constitution un mécanisme de financement des investissements ferroviaires par le biais d’un fonds. Il n’y a aucune raison que la mobilité routière ne bénéficie pas du même ancrage constitutionnel. Un oui le 12 février rétablira ainsi la paix des transports, passablement secouée depuis l’acceptation de l’initiative des Alpes en 1994.

Lire aussi:  Forta, une feuille de route bien remplie

Ceux qui ne le comprennent pas ne veulent pas de cette paix des transports. Il est assez piquant de constater que la fronde anti-Forta est menée par l’Association Transport et Environnement (ATE), qui était pourtant à l’origine de la création du fonds d’investissement ferroviaire. L’ATE avait ingénieusement manoeuvré avec son initiative populaire «Pour les transports publics». Une fois que le parlement eut décidé de créer ce fonds ferroviaire, son initiative fut retirée.

Provocante, elle voulait détourner vers les transports publics une partie des recettes fiscales attribuées à la route. Elle a servi d’aiguillon et donné naissance à un fonds d’investissement qui ne répondra peut-être pas à toutes les attentes mais constitue un compromis solide. L’initiative du lobby routier dite «Vache à lait» a joué le même rôle, mais dans l’autre sens. Elle voulait détourner vers la route les recettes des taxes automobiles dévolues au budget général. Certes, son cheminement n’a pas été le même, puisque, notamment par la faute du Conseil fédéral, il a fallu sceller son sort avant de pouvoir se prononcer sur le fonds routier. Mais le résultat sera finalement le même.

L’ATE devrait s’en rendre compte. Mais non: cette organisation a décidé de combattre le Forta, considérant que celui-ci absorbait trop d’argent réservé jusqu’à maintenant à la caisse fédérale. Cette inaptitude au compromis est incompréhensible. A ces adversaires dogmatiques de la mobilité routière s’oppose heureusement une gauche pragmatique, responsable, finalement très helvétique. C’est la gauche de Nuria Gorrite, de Daniel Brélaz, de Claude Hêche, de Stéphane Rossini. C’est la gauche qui a compris qu’un pays dont la prospérité repose aussi sur sa mobilité intérieure ne pouvait se priver d’axes routiers performants.

Le Forta bénéficiera de moyens supplémentaires en provenance du budget fédéral. Il recevra les recettes d’une modeste mais digeste hausse du prix des carburants et d’une contribution des cantons. C’est cohérent. Mais attention: les évolutions technologiques et la baisse de la consommation pourraient très vite le déséquilibrer. Certes, un impôt sur les véhicules électriques est déjà prévu. A terme, il faudra probablement d’autres adaptations.

Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.