Opinion

Oui à l’initiative Economie verte, pour répondre aux vrais problèmes du 21e siècle

Il faudrait voir se dresser en faveur de l’initiative Economie Verte tous les citoyens lucides, ainsi que les Eglises et ceux qui ont une approche spirituelle de la création et des êtres humains, plaide François de Vargas, ancien secrétaire romand de la Déclaration de Berne

Fallait-il une initiative pour réclamer une économie verte? Mais voyons! tout le monde est d’accord! Respecter l’environnement, faire des économies d’énergie, qui ne dirait pas oui? Est-ce que les Verts et les autres partis qui soutiennent l’initiative sur laquelle nous sommes appelés à voter le 25 septembre prochain n’enfoncent pas des portes ouvertes?

Malheureusement, ce n’est pas évident. Déjà plusieurs partis politiques, les milieux de l’économie, se mobilisent pour la combattre: l’initiative mettrait en danger la croissance économique, la compétitivité de la Suisse, signifierait une intrusion de l’Etat dans la vie privée. Le Parlement a rejeté l’initiative. Le Conseil fédéral a présenté, en guise de contre-projet, des modifications à la Loi sur la protection de l’environnement qui vont dans le bon sens. Mais ces modifications ont été repoussées par une majorité du Conseil national (et n’oublions pas qu’il a été élu en automne dernier par le peuple suisse qui, terrorisé par l’afflux des migrants a donné une majorité toujours plus forte à la droite).

Devant un tel refus, il faudrait voir se dresser tous les citoyens lucides, toutes celles et ceux qui pensent à leurs petits-enfants, ainsi que les Eglises, et ceux qui ont une approche spirituelle de la création et des êtres humains.

L’empreinte écologique doit être réduite

L’initiative introduit deux nouveautés dans la Constitution: 1) le principe de l’économie circulaire (revaloriser au maximum les matériaux et éliminer les déchets sans dommages pour l’environnement, au lieu de les jeter après consommation), 2) une vision pour 2050: «L’empreinte écologique de la Suisse doit être réduite de manière à ce que, extrapolée à la population mondiale, elle ne dépasse pas un équivalent planète en 2050». Si la planète entière consommait et polluait autant que la Suisse aujourd’hui, il faudrait 2,8 fois la production totale de la terre. L’initiative veut que ce rapport soit ramené à 1 fois d’ici à 2050.

Objectif impossible, nous dit-on. Mais alors faut-il trouver normal que l’on épuise notre planète? Reprenons:

Exigence de lucidité

Il n’est tout simplement pas possible que l’économie mondiale continue à croître au rythme actuel. Plusieurs experts ont prédit la catastrophe. Déjà en 1973, le rapport du Club de Rome mettait en garde contre la croissance démographique, annonçait la pénurie des matières premières, une pollution de plus en plus insupportable, etc. D’autres experts ont montré les conséquences attendues de la disparition d’espèces animales et végétales. Certains vont jusqu’à dire que l’effondrement de notre système économique est très proche.

Pour l’instant la catastrophe n’est pas arrivée. A part quelques crises économiques, jusqu’ici maîtrisées, et quelques attaques cybernétiques, la seule catastrophe qui ait touché l’Europe est le drame des réfugiés et la menace terroriste. Mais est-on sûr qu’il n’y ait aucun rapport? Les sécheresses en Afrique et en Orient, l’épuisement de ressources, dont la pêche, le chômage dans tant de pays dus au commerce mondial, n’ont-ils pas favorisé les conflits et les flux migratoires? Et puis, la catastrophe écologique peut arriver sans qu’on ait pu s’y préparer et elle serait irréversible.

Penser à nos petits-enfants

J’ai 78 ans. J’ai vécu peut-être la période la plus prospère que connaîtra jamais l’humanité. Mais que vivront mes petits-enfants? Connaîtront-ils un réchauffement climatique insupportable? La disparition des glaciers? Des pénuries d’électricité? Des catastrophes nucléaires? L’afflux de migrants – notamment climatiques – suscitera-t-il la haine dans notre pays, voire la guerre? Nos arrière-petits-enfants, devenus adultes, diront-ils: «Ah! Si au début du 21e siècle on avait pris les bonnes mesures!»

Mobilisation des Eglises

L’Eglise ne doit pas faire de politique, paraît-il. Mais il ne s’agit pas ici de politique! Il s’agit de respecter le commandement «Tu ne tueras pas!», il s’agit du respect des droits humains! C’est ce qu’a merveilleusement compris le Pape François, avec son encyclique Laudato si (2015) où, se référant à son homonyme d’Assise, il chante la merveille de la création, il affirme sa solidarité avec les pauvres, les victimes de la richesse excessive d’une minorité, etc. Mais quand on parle d’écologie à nos pasteurs et prêtres et à nos autorités ecclésiastiques, on entend souvent la réponse: «Oui, c’est important, mais nous avons tant d’autres problèmes!» Mais si la foi est un engagement d’amour et de liberté, si nous voulons que l’espérance ne soit pas une platitude liturgique, ne devons-nous pas nous engager pour une économie verte?

Une initiative utopique?

Est-il utopique de vouloir réduire l’empreinte écologique de la Suisse à 1 équivalent planète en 2050? Mais à force de refuser l’utopie, on s’enfonce dans le chaos. Il ne s’agit pas d’une initiative imposant des règles, mais d’une initiative de vision.


Ancien secrétaire romand de la Déclaration de Berne (devargasf@bluewin.ch)

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