Ce dimanche 25 octobre 2020, nous gagnerons une heure de sommeil: à 3h du matin, il faudra reculer les horloges à 2h. Pour la dernière fois? Non, si l’abolition du changement d’heure annuel est au cœur des débats en Europe, aucune décision n’a encore été prise, explique l’Agence télégraphique suisse. Jürg Niederhauser, porte-parole de l’Institut fédéral de métrologie (METAS), à Wabern bei Bern, le confirme donc: il est désormais certain que le dimanche 28 mars 2021, nous passerons de nouveau à l’heure d’été.

Lʼheure normale effective dans ce pays est, depuis plus de 125 ans, lʼheure dʼEurope centrale. Mais celle-ci n’existe que depuis 1981. Elle avait été introduite pour harmoniser les horloges helvétiques avec celles des pays voisins. «Cette décision a surtout été motivée par des raisons économiques», note un communiqué de cet institut, qui est le gardien des unités de mesure en Suisse, puisqu’une différence temporelle peut avoir des conséquences sur les transactions commerciales ou les transports, par exemple.

L’éventuelle abolition du changement d’heure annuel fait actuellement l’objet de discussions politiques, en Suisse mais aussi au sein de l’Union européenne. En mars 2019, le Parlement européen avait demandé que le passage à l’heure normale soit supprimé dès 2021. Toutes les décisions n’ont toutefois pas encore été prises, tant sur le plan de lʼUnion européenne que dans chaque Etat membre. Mais cela n’empêche pas d’en rire:

En Suisse, un comité dirigé par la conseillère nationale Yvette Estermann (UDC/LU) et Armin Capaul, père de l’initiative pour les vaches à cornes repoussée par le peuple en novembre 2018, en a lancé une autre, précisément pour abolir ce changement d’heure. Mais elle n’aboutira pas: deux mois avant le délai, elle n’a récolté que la moitié des 100 000 signatures nécessaires. La Lucernoise aurait voulu imposer l’heure d’hiver durant toute l’année, mais la crise du coronavirus a mis des bâtons dans les roues de son texte. «Les gens ont actuellement d’autres problèmes», dit-elle.

Un système impopulaire

Cette éventuelle abolition du changement d’heure annuel fait actuellement l’objet de discussions politiques, en particulier dans les Etats voisins de la Suisse. «Evoquée depuis des années, la suppression de ce système impopulaire n’a toujours pas été tranchée au niveau européen, écrit Le Figaro. Plusieurs Etats, comme la Finlande, l’Allemagne ou l’Espagne, mènent un lobbying actif à Bruxelles pour la suppression du passage à l’heure d’été. Ces pays soutiennent que ce système est mauvais pour la santé, contraignant, et finalement peu utile d’un point de vue économique.»

En février 2018, le Parlement européen avait décidé «d’interroger les citoyens de l’Union sur le sujet». Verdict sans appel: «Sur les 4,6 millions d’internautes qui répondent au questionnaire en ligne, 80% d’entre eux se prononcent pour la fin du changement d’heure.» Mais à Bruxelles, les débats ont été chauds sur cette question. Un porte-parole français prétend même que «vu les différends sur ce sujet, […] personne ne veut ouvrir à nouveau cette boîte de Pandore». Et vu le «retard pris par les institutions européennes sur les propositions à débattre suite à la crise sanitaire, on peut envisager que la question ne reviendra pas sur la table avant 2022»…

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En attendant, la Suisse étudie la pertinence d’une éventuelle adaptation de l’heure officielle et son intérêt pour le pays. La décision finale, qu’elle soit en faveur d’une heure d’hiver ou d’une heure d’été ad æternam, est du ressort du Conseil fédéral, qui en décidera en temps voulu par voie d’ordonnance. Elle dépendra évidemment de l’option qui sera prise en Allemagne et en France, principalement, explique Jürg Niederhauser.

Les ampoules mieux que l’heure

Et puis il faudra trancher cette question: laquelle des deux heures garde-t-on? «Majoritairement les citoyens européens préfèrent conserver l’heure d’été», explique France Bleu. Mais on ne raisonne évidemment pas de la même manière en Laponie qu’en Crète… En ajoutant que «bébés, animaux [et] automobilistes ont du mal à s’adapter» au changement. Cela provoque aussi une augmentation de la mortalité des piétons. «De plus, les économies d’énergie escomptées grâce à la réduction de l’éclairage l’été sont limitées», évaluées à moins de 1% de la consommation totale d’électricité. C’est «bien moins qu’au lancement du dispositif après les chocs pétroliers des années 1970». Les ampoules à basse consommation ont par exemple «permis de faire autant d’économies que le changement d’heure».

Aussi bien lors de lʼintroduction de lʼheure dʼEurope centrale à la fin du XIXe siècle que lors de l’introduction du changement d’heure en Suisse dans les années 1980, le Conseil fédéral et le parlement se sont accordés sur une concordance de l’heure officielle avec celle de nos Etats voisins. Cette décision a surtout été motivée par des raisons économiques. Une heure officielle différente ferait de la Suisse un îlot temporel, avec toutes les conséquences que cela pourrait entraîner pour les transactions commerciales, les transports, le tourisme et les communications, craint METAS.


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