Votre fille a 13 ans. En mère responsable, vous tentez de lui expliquer que le portable, toute la journée, c’est non, elle vous regarde façon poisson. Ses yeux sont ouverts, son corps est là, mais pour ce qui est de son attention…

Votre fils a 14 ans. Vous lui notifiez que parler comme un rappeur de la cité n’est pas sa meilleure idée vu qu’il habite dans un environnement plutôt sophistiqué. Pareil, derrière son bob et sa banane en bandoulière, il bloque, hébété.

Débiles ou provocs?

Là, vous avez deux possibilités. Soit vous commencez à douter de la santé mentale de vos rejetons, soit vous prenez leur passivité pour un affront. Calmez-vous, vous avez faux dans les deux cas. Si Léa et Léo ne réagissent pas, ce n’est pas par faiblesse intellectuelle, ni par provocation, mais parce que leur cerveau vient de vivre une mutation qui vous ôte d’un coup tout pouvoir d’attraction, avance une étude de l’Université de Stanford.

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En résumé, jusqu’à 13-14 ans, les enfants trouvent la voix de leur mère unique, grandiose, nécessaire. A partir de l’adolescence, coup de sac neuronal, les adolescents la trouvent sans intérêt, dispensable ou, pire, pénible et la remplacent au sommet de leur affection par la voix de leurs pairs.

Le sens ne joue aucun rôle

«Pour arriver à cette conclusion, le neuroscientifique Daniel Abrams et ses collègues de l’université américaine ont observé par imagerie cérébrale le cerveau d’enfants âgés de 7 à 12 ans et d’adolescents de 13 à 16 ans», relate le magazine Science et Vie. «Les participants écoutaient un enregistrement, soit de la voix de leur mère, soit de la voix d’inconnues, toutes prononçant des mots dénués de sens.»

Premier constat, le sens ne joue aucun rôle. Aucun. Chez ces cobayes, en plus des zones cérébrales impliquées dans le traitement des sons, comme le cortex auditif primaire, «l’écoute des voix activait des aires du «système de récompense», qui fournit la motivation nécessaire à la réalisation d’actions et des aires du «réseau de saillance», qui sélectionne les informations dignes d’attention», poursuit l’article.

Reste le toucher

Vous voyez venir le crash. Chez les enfants, ces deux derniers systèmes flambaient quand leur mère parlait, style absolute love story. Alors que dans le cerveau des ados, la récompense et la saillance haussaient à peine un sourcil à l’écoute de la reum et pogotaient quand une voix inconnue prenait le relais.

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La nature est dure. Pas moyen de mystifier le cerveau qui est parfaitement construit pour propulser le jeune individu hors du nid, montre cette étude qui ne parle pas du père ou d’autres figures d’autorité.

Heureusement, nous, les mamans, on a toujours ce truc extra pour électrifier nos ados: on les prend dans nos bras. Ils détestent tellement ça qu’ils sont prêts à tout pour que cesse le supplice. Le toucher à la place de la voix? Mom is not dead!


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