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Remy Pagani, conseiller administratif de la ville de Genève.
© KEYSTONE/SALVATORE DI NOLFI

Du bout du lac

Le Pagani (ni) de la démocratie

Mercredi, j’ai craqué. J’ai signé les quatre référendums de l’extrême gauche genevoise contre les coupes budgétaires en ville. Par conviction? Non, par tendresse

Mercredi, presque 13h. L’œil alourdi par le soleil, j’approche des Bains des Pâquis, déjà concentré sur mon double kilomètre trihebdomadaire (nous reviendrons un jour sur les vertus camusiennes du crawl en eau libre). Devant l’entrée, un stand éphémère jouxte la caisse officielle. Un parasol rouge, griffé Rivella je crois, un tréteau en bois municipal, quelques documents. Certainement Swissaid, ou l’Armée du Salut, en collecte de fonds. Ou plutôt des Mormons, évangélisant tant bien que mal par 32 degrés à l’ombre.

Alors que la chemise blanche et le pantalon noir de celui qui m’interpelle sont sur le point de confirmer ma dernière impression, surprise. Pas de Mormon, mais Rémy Pagani, en personne et tiré à quatre épingles. En collecte, oui, mais de signatures. Pour quatre référendums, contre autant de coupes budgétaires en ville de Genève.

Allez allez, il y en a pour une minute: vous signez ici, ici, ici et ici, voilà

A quelques heures d’enfiler l’écharpe de maire et tout juste écarté par les siens de la course au Conseil d’Etat (le flair électoral de SolidaritéS n’a d’égal que l’harmonie qui règne au sein du groupuscule), le conseiller administratif harangue les baigneurs dans la torpeur de mai. «Habitez-vous en ville? Oui? Avez-vous le droit de vote? Oui? Alors signez ces quatre textes, c’est important, il s’agit du maintien des prestations, des choses comme l’allocation de rentrée scolaire!»

Très vaguement intrigué par le discours, un trentenaire en débardeur hésite à se laisser convaincre. Son petit cœur de gauche sait qu’il faut signer, bien sûr, mais son petit cœur de gauche transpire et à La Terrasse voisine, la bière est fraîche. Routier de la démocratie directe, le Paganini des Pâquis sent l’ouverture. Ni une ni deux, il s’engouffre et ferre sa proie: «Allez allez, il y en a pour une minute: vous signez ici, ici, ici et ici, voilà.» L’hésitant s’exécute: il lit quatre petits textes, inscrit quatre fois son nom, quatre fois son prénom, quatre fois son adresse complète, quatre fois sa commune d’origine et quatre fois sa signature… la minute promise en durera cinq ou six, mais plus moyen de reculer.

Deux aveux

Je vais vous faire deux aveux: je ne suis pas sûr du tout de soutenir un seul de ces référendums et j’ai pesté plus souvent qu’à mon tour contre les excès de la démocratie directe. Mais mercredi, j’ai craqué. Habité comme un militant de 17 ans, Rémy Pagani avait sacrifié son plat du jour pour une heure de racolage politique en flanelle noire, dans la brûlante indifférence de l’été précoce. Comment lui refuser un rendez-vous dans les urnes? Alors j’ai tout signé moi aussi. Lisiblement, avec application. Et, pour tout vous dire, avec une certaine tendresse.

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© Gabioud Simon (gam)