Reconnaissons-le humblement: lorsque Swisscom avait lancé son service de paiement sur smartphone Tapit, en juillet 2014, le succès semblait assuré. L’opérateur s’était associé à Orange (devenu Salt), Sunrise et Visa pour permettre aux clients de régler leurs achats auprès de 50000 points de vente en Suisse. Mais quelques mois plus tard, Swisscom avait dû tout arrêter, faute d’un nombre suffisant d’utilisateurs. Et pourtant: les clients de Tapit devaient «simplement» changer de carte SIM, utiliser un téléphone Android et enregistrer les coordonnées de leur carte de crédit dans le téléphone… Mais avec de telles petites contraintes, ce service n’avait rien de simple et a découragé les utilisateurs potentiels.

Après cet échec, Swisscom, Postfinance, UBS, des banques cantonales et Coop tentent à nouveau leur chance via des applications. Twint et Paymit permettent de payer en magasin et de s’envoyer de l’argent. Il faut que ces services, qui doivent bientôt fusionner, réussissent, afin de disposer d’une solution suisse fiable pour éviter d’être dépendant de services étrangers.

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Or la concurrence actuelle est déjà extrêmement forte. Il y a bien sûr le cash, ennemi numéro un des solutions sur téléphone. Il y a aussi les cartes de crédit qui permettent de payer sans contact et sans code pour des montants allant jusqu’à 40 francs.

Concurrence américaine

Heureusement pour les promoteurs des applications Twint et Paymit, le très populaire Maestro ne propose pas encore, en Suisse, de carte de débit pour régler ses achats sans contact. L’autre chance, pour les sociétés suisses, est de n’avoir pour l’instant aucun concurrent étranger. Apple Pay, Android Pay (service de Google) et Samsung Pay, services directement intégrés dans les téléphones, viendront dans les prochains mois en Suisse, mais laissent encore un peu de temps aux acteurs locaux pour s’organiser.

Mais chaque jour compte. Les éditeurs de Paymit et Twint, qui devraient fusionner dans les prochaines semaines, doivent très rapidement effacer les erreurs des débuts. Paymit a été lancé en ne proposant qu’une seule fonction, le remboursement de quelques francs entre amis. C’est beaucoup trop faible pour attirer des centaines de milliers d’utilisateurs. De son côté, Postfinance n’a pu compter, comme partenaire de taille, que sur Coop pour inciter ses clients à utiliser Twint pour régler leurs achats. Là aussi, la vision de départ était trop étriquée pour faire de cette application un succès. De plus, certains acteurs jouent sur plusieurs tableaux. Coop, qui a le mérite d’avoir soutenu Twint, continue à développer de son côté son application Supercard, qui permet aussi de régler ses achats…

Si des acteurs helvétiques veulent faire adopter une solution pour payer avec son smartphone, ils doivent proposer un service parfait et ultra simple. Sinon rien.

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