Il y a des règles dont on se demande, au fond, ce qu’elles régissent vraiment. L’interdiction d’une culotte de sprint portée par une athlète paralympique, jugée trop courte. Puis un bas de maillot de bain dont «la règle» exige qu’il soit «ajusté et échancré» pour les beach-volleyeuses, alors qu’il est communément admis que la mesure est purement esthétique, voire commerciale.

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Cette année encore, aux JO de Tokyo, la liberté de certains choix, sans aucune incidence sur la pratique sportive elle-même, reste niée aux femmes athlètes par principe. Au nom de l’argent. Il en va de l’audience, qui détermine les tarifs des spots publicitaires accompagnant les épreuves. Téléspectateurs pour lesquels un bikini, bien souvent, ne gâche rien.

Une histoire androcentrée

Est-ce une coïncidence? Il se trouve que le contrôle du corps des femmes est également le sport préféré des sociétés patriarcales que nous avons toutes et tous en héritage. Depuis la Grèce antique, la pratique sportive a été développée, encadrée et légitimée par et pour les hommes, et les femmes systématiquement écartées au nom de la «bienséance». Quel rapport avec les gros plans sur les fesses en maillot plein de sable de nos volleyeuses? Eh bien, paradoxalement, tout ou presque. De cette histoire androcentrée découlent encore aujourd’hui des modèles d’un archaïsme sans nom, et ce malgré les efforts du CIO en matière de parité.

Certes, les polémiques sur les tenues des sportives ont fait couler tellement d’encre qu’on pourrait en remplir un bassin olympique. Quid novi sub sole? Les temps ont changé. Cette dépossession historique de leur corps, leur réification sans l’ombre d’un remords, les jeunes athlètes qui s’en plaignaient autrefois entre elles la dénoncent systématiquement aujourd’hui. Et ce, en moins de temps qu’il n’en faut pour créer un hashtag sur Twitter. Le constat n’est pas militant, il est factuel: pour des athlètes qui volent à ce niveau d’exigence, la priorité ne devrait pas être une tenue, mais le bien-être. La phrase sonne comme une lapalissade. Pourtant, on en est là.

Que peuvent les fédérations et les comités olympiques? Plus qu’ils ne l’admettent. Les compétitions sportives sont un miroir tendu à nos sociétés, parce qu’elles offrent des occasions de débat et d’introspection salutaires. Peut-être qu’un jour, qui sait, certaines de ces «règles» évolueront, et alors cesserons-nous enfin de commenter l’adéquation des fessiers féminins. Au nom du sport.


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