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Le président du Parti socialiste suisse, Christian Levrat, lors d'une assemblée des délégués.La Chaux-de-Fonds, 16 avril 2016
© KEYSTONE/Christian Brun

Ma semaine suisse

Du pain et de l'inquiétude

Le président du PS Christian Levrat échoue à faire le lien entre la démocratie économique et l'angoisse des travailleurs de plus de 50 ans de perdre leur emploi

Il y a, chez les esprits de droite, une sollicitude vraiment touchante pour l'avenir du Parti socialiste suisse. C'est un peu comme en amour: on n'est jamais enivré que par la dissemblance des corps. Et c'est pourquoi au lendemain du congrès socialiste de Thoune, les meilleurs conseils à la gauche sont venus de droite. On n'ajoutera pas au ridicule en y allant des nôtres.

La démocratie économique

Mais il est curieux, à moins que ce ne soit dû à l'absence de culture historique, que l'on en arrive à qualifier instinctivement de virage à gauche le thème de la démocratie économique qui a occupé les socialistes suisses. Après tout, c'est en Allemagne, sous le gouvernement chrétien-démocrate de Konrad Adenauer, que le principe de la cogestion dans l'entreprise a été inscrit à deux reprises dans les lois allemandes, en 1951 pour l'industrie sidérurgique et minière, puis en 1952 avec la Betriebsverfassungsgesetz qui fixait les règles de participation des salariés au sein des conseils de surveillance. En France, de Gaulle, qui a toujours cherché une troisième voie entre capitalisme et socialisme, avait élaboré dès 1947 au sein de son parti, le RPF, l'idée de la participation des salariés. Concept enterré, malgré les travaux du député Louis Vallon et le soutien des gaullistes de gauche, par le référendum de 1969.

Sans attendre les socialistes

La participation des salariés au bénéfice des entreprises, des conditions de travail permettant de concilier travail et vie de famille, des prescriptions écologiques ou de production équitable pour renforcer le pouvoir des consommateurs n'ont pas attendu les socialistes pour être mises en oeuvre par quelques grands groupes, y compris par des pharmas américaines sur sol suisse, ou des distributeurs tels Migros ou Coop. La fondation Ethos, qui regroupe quelque 220 caisses de pension, n'a pas eu besoin de la gauche pour «promouvoir l’investissement socialement responsable (ISR) et favoriser un environnement socio-économique stable et prospère au bénéfice de la société civile actuelle et future». Et le souci de se doter d'un droit foncier coupant court à la spéculation foncière était largement partagé par le Conseil fédéral dans son projet de loi  sur l'aménagement du territoire de 2013, malgré certaines coupes ultérieures.

Comme le disait Verlaine...

Sans aller jusqu'à dire que le congrès socialiste s'est borné à enfoncer quelques portes ouvertes, il faut constater que sur le plan de l'avancée des idées de gauche, tout cela ne mange pas de pain. On peut donc s'interroger sur les raisons qui ont poussé la direction du PS à enfourcher un tel cob de trait, alors que, comme le confirme le baromètre publié par Crédit Suisse, c'est la crainte du chômage, la question des étrangers et l'incertitude pour l'avenir de l'AVS qui arrivent en tête des inquiétudes des Suisses. Très justement, dans son éditorial, le président du PS Christian Levrat relève que le grand défi politique est de réduire les inégalités, de soulager la classe moyenne et de sortir les pauvres de la précarisation. Mais il échoue à faire le lien entre la démocratie économique et l'angoisse des travailleurs de plus de 50 ans de perdre leur emploi. On ne voit pas comment la participation aux conseils de surveillance dissiperait l'incertitude pour le financement de l'AVS.

A cela s'ajoutent les conséquences de la révolution numérique, de la dérégulation et de l'ubérisation sur les relations de travail et l'emploi, pour les finances publiques et pour les cotisations sociales. Naïvement nous avions cru, comme Verlaine, que ce qui fait un poète et la gauche, «c'est du pain et de l'inquiétude».

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© Gabioud Simon (gam)