Les attentats du vendredi 13 novembre 2015 à Paris ont été si cruels, si indiscriminés, si barbares, qu’ils ont touché chacun d’entre nous. Lorsque 130 personnes dans la fleur de l’âge sont fauchées, pour des motifs nihilistes, politiques, personnels et au nom d’une religion et d’un dieu, il y a lieu de se rendre compte de la faillite d’un système.

Ce système, qui en France comme ailleurs en Europe, a accueilli voire encouragé l’immigration sans se donner les moyens de la contrôler ou de l’intégrer. Un système qui l’a fait sans générosité mais par appât du gain d’une part, par sentiment de culpabilité postcoloniale d’autre part. Ce système d’intégration républicain, qui pour ne pas voir les différences a repoussé ceux qui ne correspondaient pas à la norme sociale dans les marges, les banlieues, les ghettos.

Ce système socialiste qui a englouti des milliards dans une dizaine de politiques successives de la ville – une manœuvre clientéliste pour acheter au prix fort la paix sociale et se conforter dans un idéal de générosité et d’égalité. Ce système enfin de l’éducation, standardisé, qui peine à s’adapter non seulement aux réalités de la diversité mais aussi – et depuis plus longtemps encore – aux réalités et aux exigences du monde du travail. Et ne parlons pas des élites politiquement correctes, trop occupées à maintenir droite la barre des acquis sociaux, entre la houle de la spéculation et les récifs de la crise économique.

Plus loin, on devine encore les mythes de l’Union européenne, de la générosité américaine, du désarmement et du droit international, des dividendes de la paix… Car si nous connaissions durant la guerre froide en moyenne une dizaine de conflits armés à travers le monde, ce chiffre est monté à 16 durant les années 1990. Et l’on recense en 2015 plus de 45 conflits armés – soit plus d’un pays sur quatre touché par la guerre aujourd’hui.

La situation de tensions au Moyen Orient et en Europe de l’Est est à son comble. La Russie a engagé un tiers de ses bombardiers stratégiques à long rayon d’action pour bombarder le centre de la Syrie. Les USA, la France et le Royaume-Uni développent de nouvelles générations d’armes nucléaires. Les budgets de défense européens sont revus à la hausse. L’OTAN vise actuellement un objectif de 2% du PIB consacré à la défense – soit près de trois fois la moyenne européenne ou le niveau de la Suisse, mais deux fois moins que les pays émergents. Autour de nous, on embauche dans les armées professionnelles et on réfléchit à réinstaurer, sinon le service militaire, au moins une réserve opérationnelle.

Voilà bien des questions auxquelles il faut apporter des réponses. Et tout cela sous la pression du temps et de l’instantané – médias globalisés, opinion et internet obligent.

Le ton a changé. La paix et la stabilité des relations internationales sont aujourd’hui en jeu. Jadis il y avait des blocs ou des alliances. Aujourd’hui les Etats coopèrent ou s’allient dans la limite de leurs stricts intérêts, mais aussi dans la mesure de leurs moyens. Alors que certains membres de l’Alliance atlantique sont formellement alliés, ils œuvrent parfois à contresens sur le terrain, en Syrie. D’autres, soi-disant ennemis depuis trente ans, sont entre-temps devenus des alliés objectifs. Certains enfin soutiennent officiellement une coalition mais parviennent mal à cacher leur sympathie pour ceux que ces derniers combattent.

Malheureusement, ceci n’est pas nouveau. Dans une large mesure, cet état de tension est imprévisible; mais il met aux prises des acteurs le plus souvent rationnels. Cela vaut souvent mieux que l’idéalisme de ceux qui, depuis des décennies, ont renoncé à voir ou entendre les avertissements, refusent de voir les réalités et s’avèrent incapables d’assumer leurs responsabilités.

Il ne fait aucun doute que le visionnaire, le curieux, le responsable, soutiendront la réforme de l’armée, comme ils ont soutenu ses développements jusqu’à ce jour. Le DEVA (pour Développement de l’armée) redimensionne les formations, mais vise à mieux équiper celles-ci, à leur garantir une disponibilité plus élevée.

Pour cela, un budget d’au moins 5 milliards par an est nécessaire, ainsi qu’un pilotage stratégique sur plusieurs années – afin de mener à bien la transition de l’instruction, le rééquipement des unités, l’acquisition ou la relève des matériels. Ici, plusieurs étapes essentielles ont maintenant été franchies: message du Conseil fédéral, effectifs et budget acceptés, y compris un crédit d’acquisition supplémentaire. Le conseiller fédéral Ueli Maurer quitte le DDPS après six années difficiles durant lesquelles il a malgré tout réussi à augmenter le budget de la défense. Un nouveau conseiller fédéral, romand, Guy Parmelin, vient d’être nommé à la tête du Département.

Il reste maintenant à s’entendre sur la durée des services d’instruction. Le programme d’armement sera présenté déjà en janvier, pour être accepté d’ici l’été. Et il faut maintenant préparer la transition vers le nouveau modèle d’instruction et de services, régler enfin les questions de personnel. Tout un programme.

Le renseignement est notre première ligne de défense. Elle permet de prendre les décisions à temps, de se prémunir des surprises, de déclencher au bon moment les préparatifs ou l’augmentation du niveau de disponibilité de l’armée. Nos services doivent disposer des mêmes moyens que leurs homologues étrangers et pouvoir travailler avec les outils de notre temps – les mêmes que ceux qui nous guettent et nous menacent.

Les Genevois soutiendront le déplacement des infrastructures militaires et leurs développements, à Mategnin et à Epaisses, d’où l’armée mais également d’autres organisations feux bleus disposeront de terrains d’entraînement optimaux et de plateformes afin de garantir durablement la sécurité des infrastructures critiques régionales, notamment l’aéroport.

La sécurité, aujourd’hui, est un acte citoyen. Elle est un devoir et une responsabilité. N’attendons pas de voir le ciel s’assombrir encore, pour regretter les décisions d’aujourd’hui. Sachons nous donner les moyens d’être forts et d’être libres.

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